Contrairement aux concerts à cachet commercial et divertissant, les groupes et les individus qui ont persévéré dans l’interprétation de chansons engagées comme moyens symboliques pour exprimer leurs angoisses, leurs positions et leurs opinions, un prolongement de leurs voix intérieures.
Chaque génération a des mots et des mélodies qui s’adressent à sa conscience et à son âme et qui l’expriment, et c’est ainsi que s’inscrit l’expérience du groupe égyptien Cairokee, qui a émergé sur la scène artistique arabe ces dernières années et s’est distingué par l’interprétation de chansons engagées envers les causes des individus et des peuples arabes dans un style moderne combinant différents genres artistiques.
Le groupe Cairokee, qui est monté mardi soir, sur la scène de l’amphithéatre de Carthage pour sa 4ème rencontre avec le public tunisien, a choisi de présenter à son auditoire à dominante jeune, des chansons qui ont marqué les différentes étapes de son parcours artistique.
L’expérience de Cairokee semble, en grande partie, se croiser avec les interrogations de la génération post-globalisation qui vit des crises à plusieurs niveaux, à commencer par les questions personnelles, identitaires, relationnelles et la quête de soi, et se connectant à ce que l’ouverture culturelle a permis comme frottement avec différentes expériences et cultures, pour s’élargir à des causes politiques, sociales et environnementales au-delà des frontières.
Ce qui confère probablement sa particularité à cette expérience est que ces causes ne sont pas abordées dans les chansons de Cairokee en tant que sujets individuels, mais se croisent au sein d’un discours artistique qui passe du particulier au général, et de l’expérience individuelle au sentiment collectif.
Ceci est apparu clairement dans l’interaction du public de Carthage avec les anciennes et les nouvelles chansons du groupe, en demandant l’interprétation de chansons du dernier album “Supernova” et de la chanson “Ala Bab El Seema”, dont la date de sortie remonte à quatre ans.
Des fans ont également porté des t-shirts arborant le nom du groupe, d’autres ont choisi de brandir des cartons contenant un extrait de la chanson “Ana Fadel” dont les paroles disent “Ana Hebba Kowayes”, (j’irai mieux) des paroles qui portent en elles une déclaration implicite d’un état d’anxiété et de malaise et qui reflètent en même temps une identification entre ce que chante le groupe et ce que ressent le public.
Amir Eid, le chanteur principal et l’une de ses voix les plus marquantes du groupe, a démarré le concert par la chanson “Ana Negm”, qui est restée associée dans la conscience du public à la série “Rivo” en 2022, et qui est sortie dans le cadre de la musique de la série, avant d’être incluse ultérieurement dans l’album “Roma” sorti la même année. La chanson présente, à travers ses paroles, l’état d’un jeune homme qui balance entre l’ambition et le doute quant à l’endroit auquel il appartient, et entre le désir de réaliser ses rêves et la lutte contre ses angoisses personnels. Son choix pour l’ouverture du concert a constitué une entrée en matière vers un spectacle oscillant entre la profondeur des paroles, la vitalité de l’interprétation, la douceur de la voix et l’agitation de la musique rock, où la guitare est fortement présente.
Amir Eid, qui est resté pendant deux heures en mouvement et en interaction constante avec le public, alternant chant et jeu de guitare, a interprété des chansons variées entre des œuvres récentes de l’album “Supernova” que le groupe a lancé il y a quelques semaines, soit en août dernier, et qui comprend 10 titres, et ses anciennes chansons qui ont ancré son identité artistique.
Parmi ses œuvres récentes, le groupe a présenté “Ana Fadel”, “Wahdy” et “Ma Tegy”, aux côtés de “Nenseena” et “Tata Tata”, en plus d’un certain nombre de chansons qui remontent à des années antérieures, parmi lesquelles “Samouraï”, “Nafsy Ahebbak”, “Basrah Wa Atouh”, “Nafs El Makan”, “Marbout Basteek” et “Malnash Makan” et “Ala Bab El Seema”.
L’interprétation de la chanson “Telka Qadiya” a constitué un moment charnière du concert, où un certain nombre de présents ont brandi des drapeaux et des keffiehs palestiniens, en solidarité avec le peuple palestinien, tandis qu’Amir Eid a conclu la chanson par le slogan “Liberté pour la Palestine”. “Cairokee” avait sorti la chanson le 30 novembre 2023, dans le contexte du génocide à Gaza, et elle est l’œuvre du poète Moustafa Ibrahim qui a écrit un certain nombre d’autres œuvres pour le groupe, et elle traite de la duplicité des critères internationaux dans le traitement de la cause palestinienne.
Si le groupe Cairokee est associé dans l’esprit du public à la voix d’Amir Eid, il comprend également d’autres voix ayant leur propre cachet, parmi lesquelles figurent Sherif El Hawary qui a interprété la chanson “Ma Aad Sagheeran” sortie en 2018.
Pour rappel, Cairokee, a présenté son premier concert en Tunisie lors du 48e Festival de Dougga, le 3 juillet 2024, poursuit sa présence en Tunisie pour la troisième année consécutive. Il a présenté son concert hier soir pour la troisième fois dans le cadre du programme-off du Festival International de Carthage et à chaque concert à guichets fermés.
Le groupe qui a démarré sa carrière en 2003, a acquis sa célébrité avec chanson “Sout El Horeya” (La voix de la liberté) qui est devenue un succès en 2011 parallèlement avec la révolution. Il a continué au fil du temps à publier des chansons qui s’inscrivent dans la lignée de cette chanson, plaçant l’être humain au centre des causes qu’il aborde, et l’une de ses œuvres les plus marquantes est sans doute la chanson “Kol Haga Beteady”, que le groupe a choisi de présenter à ses fans pour clore son concert comme message porteur d’espoir.



