
La Libye ne cherche plus seulement à faire revenir les compagnies internationales : elle commence à convertir leur intérêt en contrats. La National Oil Corporation (NOC) a signé le 24 août un accord de partage de production avec Chevron, après lui avoir attribué en février un bloc d’exploration dans le bassin de Syrte. Pour la compagnie nationale, l’accord doit contribuer à l’exploration et au développement de nouvelles ressources.
Le calendrier est significatif. La Libye produit actuellement autour de 1,4 million de barils par jour, contre environ 1,7 million avant la guerre civile de 2011. Entre les deux, la production a connu des effondrements répétés : elle était tombée autour de 400 000 barils par jour au milieu des années 2010 avant de se redresser, avec de nouveaux épisodes d’interruption liés aux affrontements, blocus et fermetures de terminaux. L’objectif affiché par la NOC est désormais d’atteindre 2 millions de barils par jour d’ici 2030.
Un géant pétrolier encore sous-exploité
Ce redressement repose sur une base géologique considérable. Avec environ 48 milliards de barils de réserves prouvées de pétrole, la Libye détient plus de 40% des réserves africaines et environ 3% du total mondial. Elle figure ainsi parmi les dix pays disposant des plus grandes réserves pétrolières au monde.
Le potentiel gazier est également important : l’EIA évaluait les réserves prouvées à 53 000 milliards de pieds cubes, soit environ 1 500 milliards de mètres cubes, ce qui plaçait la Libye au cinquième rang africain. À cela s’ajoute un potentiel non conventionnel encore largement inexploité : les premières estimations citées par la NOC évoquent 123 000 milliards de pieds cubes de gaz et 18 milliards de barils de pétrole de schiste dans plusieurs bassins.
Mais réserves et production racontent deux histoires différentes. En 2023, la Libye n’était encore que le septième producteur de brut de l’OPEP et le troisième producteur africain de liquides pétroliers, derrière le Nigeria et l’Algérie. La remontée vers 1,4 million de barils par jour lui permet désormais de se rapprocher à nouveau du peloton de tête africain, sans retrouver encore son poids d’avant-2011.
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Plus de 20 milliards de dollars de revenus pétroliers
L’enjeu financier est tout aussi important. Pour 2025, la Banque centrale de Libye fait état de 99,6 milliards de dinars de recettes pétrolières, auxquels s’ajoutent 17,2 milliards de dinars de royalties, soit près de 117 milliards de dinars au total. Cela représente, selon le taux de change retenu, un ordre de grandeur supérieur à 20 milliards de dollars. Sur le seul premier semestre 2025, Reuters avait chiffré les recettes pétrolières à 9,4 milliards de dollars.
C’est ce potentiel que Chevron, Eni, Repsol, TotalEnergies ou ConocoPhillips commencent à regarder de nouveau. Le sous-sol libyen n’a jamais cessé d’être attractif. La question est désormais de savoir si la stabilité politique permettra enfin de transformer les réserves en production — et les contrats en investissements durables.
CHIFFRES CLÉS
- 1,4 million de barils/jour : niveau actuel approximatif de la production pétrolière libyenne.
- 1,7 million de barils/jour : production atteinte avant la guerre civile de 2011.
- 2 millions de barils/jour : objectif affiché par la NOC à l’horizon 2030.
- 48 milliards de barils : réserves prouvées de pétrole, les plus importantes d’Afrique.
- Plus de 40 % : part de la Libye dans les réserves pétrolières prouvées du continent africain.
- Environ 1 500 milliards de m³ : réserves prouvées de gaz naturel, soit près de 53 000 milliards de pieds cubes.
- 3e producteur africain de liquides pétroliers en 2023, derrière le Nigeria et l’Algérie.
- 99,6 milliards de dinars libyens : recettes pétrolières déclarées pour 2025, hors royalties.
- 17,2 milliards de dinars : royalties pétrolières supplémentaires en 2025.
- Près de 117 milliards de dinars : recettes pétrolières et royalties cumulées en 2025, soit plus de 20 milliards de dollars selon le taux de change retenu.


