Train à grande vitesseLa Tunisie n’a pas besoin d’inventer de nouvelles opportunités : il lui suffit de relier sa géographie, ses infrastructures et ses flux économiques existants. Un projet ferroviaire de 500 km pourrait transformer le Sud tunisien en pivot stratégique entre l’Algérie et la Libye.
Un parcours qui ne doit pas être vu comme une simple ligne tunisienne, mais comme le maillon central d’un corridor Transmaghrébin. Il s’agit de celui de Hazoua / Taleb Larbi et Rjim Maatoug,  DouzX Matmata, Gabès,  Mareth, Médenine, Ben Guerdane et Ras Jedir.

Une logique économique déjà en marche

À l’ouest : l’Algérie étend son réseau ferroviaire vers ses bassins énergétiques. À l’est : la Libye relance son rail depuis Ras Jedir vers Tripoli et au centre,  la Tunisie est déjà connectée par le port de Gabès aux flux industriels algériens, notamment pour Hassi Messaoud.

Les échanges commerciaux existent déjà : excédent tunisien avec la Libye (2,3 milliards de dinars en 2024) et déficit énergétique avec l’Algérie. Le rail viendrait renforcer et équilibrer ces dynamiques.

Un projet aux multiples dimensions

Ce corridor ne transporterait pas seulement des voyageurs, il toucherait le transit industriel et énergétique, le phosphate et dérivés, les produits  agricoles et dattes, les matériaux de construction et dynamiserait le tourisme saharien et zones logistiques

Il donnerait, et c’est très important, au port de Gabès un véritable hinterland régional, connecté à l’Algérie et à la Libye.

 Financement et gouvernance partagée

Plutôt qu’un effort solitaire, la Tunisie pourrait proposer une société de projet tuniso‑algéro‑libyenne, associant États, entreprises publiques, investisseurs privés et fonds régionaux.

Des instruments financiers innovants (obligations d’infrastructure, sukuks) pourraient soutenir l’investissement.

Mais avant les milliards, il faut une étape décisive : une étude de faisabilité tripartite pour définir tracé, coûts, volumes de fret, recettes de transit et impact territorial.

La Tunisie ne doit plus se percevoir comme un petit pays coincé entre deux voisins. Être située entre l’Algérie et la Libye est une chance historique.
En combinant rail, ports, aéroport et plateformes logistiques, le Sud tunisien peut devenir un moteur de commerce et d’intégration maghrébine.

La première décision n’est pas de construire demain. Elle est de décider aujourd’hui de lancer l’étude.

Abdelbasset Sammari