
En 2021, 727 000 personnes sont mortes par suicide dans le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé. Chez les 15-29 ans, le suicide constituait la troisième cause de mortalité mondiale. Derrière cette moyenne planétaire, les situations diffèrent fortement. Mais partout demeure la même question : combien de détresses restent invisibles jusqu’au moment où il est trop tard ?
En Europe, le signal est particulièrement brutal. Dans l’Union européenne, le suicide représentait 18,9 % des décès des 15-29 ans en 2021, devant les collisions routières, à 16,5 %. Eurofound rappelle pourtant que le taux de suicide de cette tranche d’âge a reculé sur longue période, de 12,4 à 10,2 pour 100 000 habitants entre 2011 et 2021. Une amélioration réelle, mais dont le rythme s’est essoufflé.
Au Maghreb, les estimations de l’OMS affichent des niveaux sensiblement inférieurs. Pour les 15-29 ans, elles donnent en 2021 un taux de 2,5 pour 100 000 en Tunisie, 3,3 en Algérie et 3,8 au Maroc.
Faut-il s’en rassurer ? Pas si vite.
Ces taux sont des estimations harmonisées dans des pays où la qualité de l’enregistrement des causes de décès n’est pas partout identique. Ils permettent la comparaison, mais imposent aussi de la prudence. Surtout, un taux national ne dit rien des souffrances qui n’aboutissent pas au suicide, des tentatives, des idées suicidaires ou des jeunes qui ne demandent jamais d’aide.
Le suicide est le dernier maillon d’une chaîne. Avant lui peuvent se trouver l’isolement, la précarité, les violences, le harcèlement, la maladie, les difficultés familiales ou l’impossibilité d’accéder rapidement à des soins.
La véritable urgence est peut-être là : ne pas attendre que la statistique de mortalité soit le premier moment où une société découvre la détresse de ses jeunes.


