Le système financier et bancaire tunisien se prépare au lancement effectif du nouveau mécanisme de financement basé sur les « crédits sur l’honneur » sans intérêt (0 %), et ce, à partir du 1er octobre 2026, après avoir finalisé toutes les procédures législatives et réglementaires nécessaires.

Ce mécanisme est tant attendu par une large catégorie des Tunisiens qui souhaitent bénéficier d’un accès plus facile au financement bancaire avec un minimum de garanties, afin d’améliorer leurs situations financières et adhérer aux cycles économiques et financiers.

En effet, plusieurs rapports et études ont fait ressortir une faiblesse au niveau de l’accès aux services bancaires, d’autant plus que des milliers de Tunisiens ne détiennent pas de comptes bancaires, le mécanisme des « crédits d’honneur » pourrait-il servir d’outil pour accroître l’inclusion financière et ainsi faciliter l’accès aux services et l’ouverture de comptes bancaires ?

L’agence TAP a, dans ce cadre, sollicité l’avis de deux experts bancaires dont les points de vue se sont divergé. En fait, l’un estime que les prêts sans intérêt pourraient inciter une plus grande catégorie de la population tunisienne à ouvrir un compte bancaire, tandis que l’autre évalue à 12 mille le nombre de bénéficiaires potentiels.

un taux faible d’accès aux services bancaires

L’expert bancaire Mohamed Nkhili estime que les « prêts sur l’honneur » peuvent favoriser l’inclusion financière d’une large catégorie de Tunisiens qui ne détiennent pas de compte bancaire.

Dans une déclaration à l’agence TAP, il a indiqué que le taux d’accès aux services bancaires en Tunisie est aux alentours de 36 %, un taux qu’il qualifie de « faible » par rapport à d’autres pays où il atteint près de 100 %.

Il a souligné que l’octroi de ces « crédits d’honneur» pourrait constituer un outil important et efficace pour accélérer l’inclusion financière et lutter contre l’exclusion financière d’un nombre significatif de Tunisiens, notamment pour ce qui est de la catégorie qui utilise principalement les transactions en espèces (Cash).

Nkhili a ajouté que les personnes souhaitant bénéficier des “prêts sur l’honneur” doivent détenir un compte bancaire, d’où l’éventuelle accélération des opérations d’ouverture de comptes bancaires pour accéder à ce type de prêt, que ce soit pour les particuliers, ou les opérateurs commerciaux opérant dans le secteur informel souhaitant obtenir un prêt bancaire.

Un nombre limité de personnes éligibles au crédit sur l’honneur

Pour Sofiène Werimi, expert-comptable et spécialiste du secteur bancaire, le « prêt sur l’honneur » ne peut pas être un outil d’impulsion du taux d’inclusion financière pour deux causes.

Premièrement, les banques vont appliquer des règles financières strictes et des normes rigoureuses, notamment à travers la vérification de la capacité de remboursement de l’emprunteur. Deuxièmement, le nombre de prêts qu’elles envisagent d’octroyer sera limité, a-t-il expliqué.

Il a rappelé dans ce cadre que 8 % du total des bénéfices des banques pour 2025, soit environ 120 millions de dinars, sera alloué aux particuliers et aux entreprises.

Il a estimé dans ce sens que le nombre de bénéficiaires ne devrait pas dépasser les 12 mille clients. Ce mécanisme ne parviendra pas à résoudre le problème de l’inclusion financière, selon ses dires.

Des crédits sans taux d’intérêt

Le système financier et bancaire tunisien entamera l’application du nouveau mécanisme de financement basé sur l’octroi de crédits sans intérêt (0 %) à compter du 1er octobre 2026, après l’achèvement de toutes les étapes législatives et réglementaires régissant cette mesure économique.

Cette décision fait suite à un processus législatif débuté au mois d’août 2024 avec la promulgation de la loi n°41 de 2024. Par ailleurs cette loi a été consolidée par la publication du décret n° 2026-148 du 23 juillet 2026, fixant les conditions et les critères d’octroi des micro- financements sur l’honneur, au JORT et de la nouvelle circulaire 8-2026 du 1er septembre 2026, de la Banque Centrale de Tunisie (BCT), fixant les conditions et les procédures organisationnelles que les banques doivent prendre en considération, lors de traitement de demandes d’obtention de crédits et de micro-financements sur l’honneur.

Des avantages de financement et un plafond prêts par catégories ciblées

Le dispositif en question comprend plusieurs nouveaux avantages, notamment l’exonération totale d’intérêts (un taux de 0 %) et de toute garantie, ainsi que la suppression des commissions et des frais de dossier bancaires.

Il offre également des modalités de remboursement flexibles, pouvant aller jusqu’à deux ans, avec la possibilité de bénéficier d’une période de grâce de six mois maximum.

Afin d’assurer la pérennité de cette ligne de financement, la loi impose aux banques d’allouer au moins 8 % de leurs bénéfices de l’exercice précédent au financement de ces crédits.

La législation fixe les montants des prêts en fonction de chaque catégorie cible. Les particuliers peuvent obtenir un financement jusqu’à 5 000 dinars, les PME jusqu’à 10 000 dinars et les sociétés communautaires jusqu’à 25 000 dinars.

Dans l’objectif de simplifier les procédures et d’assurer la transparence, une plateforme numérique, laquelle se présentera comme un espace pour la réception, à titre exclusif, de demandes de prêts ou de micro-financements, par les clients, sera accessible à partir du 1er octobre 2026.

Une opportunité pour les personnes sans ressources

Wassim Sebaï, un jeune trentenaire estime que le crédit sur l’honneur pourrait lui permettre d’obtenir un financement pour l’acquisition d’une moto (d’une valeur approximative de 3 500 dinars). Travaillant actuellement dans une épicerie du quartier du Bardo, il envisage intégrer le domaine de livraisons afin de consolider ses revenus.

« Je ne dispose pas de compte bancaire et je souhaite en ouvrir un, afin de pouvoir obtenir ce type de prêt», a-t-il indiqué à l’Agence TAP.

Et d’ajouter qu’il s’est renseigné sur les conditions légales requises pour l’obtention de ce type de prêt, faisant savoir qu’il a évité de s’orienter aux mécanismes de microfinance à cause des taux d’intérêt appliqués, lesquels il ne pourrait pas se permettre de rembourser.

Toutefois, le trentenaire a été surpris de savoir qu’il est non éligible au crédit sur l’honneur puisqu’il est considéré comme un travailleur journalier.

Des chiffres modestes

Le Rapport de supervision bancaire pour l’année 2024, publié par la BCT a révélé que le nombre de comptes bancaires en Tunisie a progressé de 1,6 % par an sur cinq ans (2020-2024), dépassant les 10,6 millions de comptes fin 2024.

Cet indicateur reflète une croissance lente du nombre de comptes bancaires, à cause des politiques adoptées par la plupart des banques. Ces institutions privilégient les salariés, les commerçants et les chefs d’entreprise, tandis qu’un grand nombre de citoyens se retrouvent exclus du système financier et privés d’accès aux crédits.

Les données publiées par la Banque mondiale (BM) en 2024 ont fait ressortir que seulement 37 % des Tunisiens détiennent un compte auprès d’un établissement financier. Ce taux est de 29 % pour les femmes et de 32 ​​% pour les personnes à faibles revenus.