Cours PétroleLe Brent a frôlé les 110 dollars, les rendements obligataires américains se rapprochent de 5 % et la BCE vient de relever ses taux. Le choc pétrolier remet brutalement l’inflation au centre du jeu et menace les scénarios d’assouplissement monétaire. Pour la Tunisie, déjà confrontée à un déficit énergétique proche de 8 milliards de dinars à fin juillet, l’addition pourrait être particulièrement lourde.

Le pétrole redevient une affaire de banques centrales. Le Brent a atteint 109,97 dollars le baril vendredi 11 septembre avant de refluer, après avoir gagné plus de 10 % sur la semaine. Dans le même temps, le rendement du Treasury américain à dix ans a grimpé jusqu’à 4,979 %, tout près du seuil symbolique des 5 %.

Le message envoyé par les marchés est clair : un pétrole durablement installé au-dessus de 100 dollars pourrait faire repartir l’inflation et contraindre les banques centrales à maintenir des politiques monétaires restrictives, voire à relever à nouveau leurs taux.

La BCE ouvre la voie

La Banque centrale européenne a déjà franchi le pas. Le 10 septembre, elle a augmenté ses taux de 25 points de base, portant son taux de dépôt à 2,50 %, face à des pressions inflationnistes nourries notamment par l’énergie.

Les marchés commencent désormais à intégrer un mouvement plus large. Selon JPMorgan, cité par Reuters, huit des neuf grandes banques centrales des économies développées pourraient resserrer leur politique monétaire avant la fin de l’année.

Un nouveau cycle mondial de hausse des taux n’est cependant pas encore acquis. Tout dépendra de la durée du choc. Une flambée pétrolière de quelques semaines peut être absorbée. Un baril maintenu autour de 100 à 110 dollars pendant plusieurs mois risque en revanche de se transmettre aux transports, aux coûts industriels, aux prix à la consommation puis aux salaires.

C’est là que le scénario devient dangereux : les banques centrales devraient combattre l’inflation alors même que le pétrole cher affaiblit la croissance.

Tunisie : le déficit énergétique déjà sous pression

Pour la Tunisie, le risque est immédiat. Sur les sept premiers mois de 2026, le déficit commercial énergétique a atteint 7,946 milliards de dinars, contre 6,037 milliards un an auparavant, soit une aggravation de près de 1,91 milliard de dinars, ou 31,6 %.

Les importations énergétiques avaient déjà progressé de 35,7 % à fin juillet. L’énergie représente ainsi plus de la moitié du déficit commercial total du pays, qui atteignait 14,958 milliards de dinars sur la période.

RISQUE TUNISIE — Un baril à 110 dollars, trois pressions

1. Balance commerciale : une facture d’importation énergétique plus lourde creuserait davantage le déficit extérieur.

2. Finances publiques : si les prix domestiques restent partiellement administrés, une partie du choc se déplace vers les dépenses de compensation.

3. Politique monétaire : le retour des pressions inflationnistes réduirait la marge de manœuvre de la BCT pour assouplir les taux.

Le seuil de 110 dollars n’est donc pas magique. La vraie question est celle de la durée. Plus le choc pétrolier persistera, plus le risque d’un nouveau tour de vis monétaire mondial augmentera — et plus la Tunisie devra arbitrer entre inflation, déficit énergétique et soutien à l’activité.

Les chiffres clés

  • 109,97 $ — pic du Brent le 11 septembre 2026
  • 4,979 % — rendement atteint par le Treasury US à 10 ans
  • 2,50 % — taux de dépôt de la BCE après la hausse du 10 septembre
  • 7,946 milliards DT — déficit énergétique tunisien à fin juillet 2026
  • +31,6 % — aggravation du déficit énergétique sur un an
  • 35,7 % — hausse des importations énergétiques tunisiennes
  • 14,958 milliards DT — déficit commercial total à fin juin