Avec une production revenue autour de 1,4 million de barils par jour, la Libye dispose à nouveau d’une importante capacité de génération de devises. Mais la reprise pétrolière ne suffit pas à corriger les déséquilibres du pays : pression sur le dinar, inflation, poids des subventions et faiblesse du secteur non pétrolier continuent de limiter la transformation de la rente en croissance durable.

La Libye produit davantage de pétrole, mais son économie reste confrontée au même dilemme : comment transformer les revenus des hydrocarbures en activité productive, en emplois et en amélioration durable du pouvoir d’achat ?

Dans un entretien accordé à Al Jazeera Net, le ministre libyen de l’Économie et du Commerce, Souheil Abou Shiha, estime que le problème tient moins au volume des ressources disponibles qu’au modèle selon lequel elles sont dépensées. Selon lui, l’économie continue de privilégier le soutien à la consommation plutôt que celui à la production.

Cette lecture intervient alors que la production pétrolière évolue autour de 1,4 million de barils par jour, un niveau qui renforce les recettes extérieures et les marges financières de l’État. Mais l’activité économique reste très dépendante des hydrocarbures, tandis que les secteurs non pétroliers peinent encore à atteindre une taille suffisante pour modifier la structure du PIB et des recettes publiques.

Le dinar au cœur des déséquilibres

Cette dépendance rend l’économie particulièrement sensible aux fluctuations des revenus pétroliers et aux tensions sur le marché des changes. Le dinar libyen a subi plusieurs ajustements depuis 2025, renchérissant le coût des produits importés.

Or la Libye reste fortement dépendante de l’étranger pour une grande partie de ses biens de consommation et de ses équipements. Toute dépréciation de la monnaie se transmet donc rapidement aux prix et au pouvoir d’achat.

L’inflation annuelle a atteint autour de 13% à l’été 2026, selon les données officielles disponibles. Pour les ménages, la hausse des revenus pétroliers peut ainsi coexister avec une augmentation du coût de la vie.

Le coût du modèle de subventions

L’autre difficulté réside dans le poids des dépenses courantes et des subventions, notamment énergétiques. Celles-ci représentent une charge considérable pour les finances publiques tout en maintenant des prix artificiellement faibles pour les carburants et l’électricité.

Le débat ne porte donc plus uniquement sur leur coût. Une réforme trop rapide risquerait de réduire brutalement le pouvoir d’achat, tandis que leur maintien à grande échelle immobilise des ressources qui pourraient financer les infrastructures, l’industrie ou l’investissement privé.

C’est là que se situe l’enjeu central du modèle défendu par le ministre : utiliser davantage les revenus des hydrocarbures pour soutenir la production plutôt que pour alimenter principalement la consommation.

Pour les entreprises libyennes comme pour les partenaires régionaux, dont la Tunisie, cette évolution serait déterminante. Une économie libyenne plus productive créerait un marché plus stable pour les équipements, les services, l’agroalimentaire, la santé et la construction.

La remontée du pétrole offre donc à la Libye une marge de manœuvre. Mais le véritable indicateur de réussite ne sera pas seulement le nombre de barils produits. Il sera aussi la capacité du pays à convertir cette rente en investissements, en entreprises compétitives et en croissance moins dépendante du pétrole.

Les chiffres clés

1,4 million de barils/jour — ordre de grandeur de la production pétrolière libyenne en 2026.
13% — inflation annuelle observée à l’été 2026.
Près de 90% — part approximative des hydrocarbures dans les recettes publiques selon les estimations institutionnelles disponibles.
Environ 20% du PIB — estimation du poids des subventions énergétiques avancée par le FMI.
30 septembre 2026 — échéance annoncée pour renforcer le passage des importations commerciales par les circuits bancaires.