Près de 5 millions de dollars en trois mois : le montant annoncé par la Tunisia Investment Authority donne une autre dimension à la production historique saoudienne attendue à Mediwood Studios, à Hammamet.
Mais le chiffre doit être interprété avec précision. Il correspond aux dépenses annoncées pour la production et ne constitue pas, en l’état des informations disponibles, un investissement de 5 millions de dollars dans le capital ou les infrastructures de Mediwood.
La différence est importante. Le véritable enjeu économique réside dans la part de cette enveloppe qui sera effectivement dépensée en Tunisie : techniciens, hébergement, transport, restauration, construction de décors, location de matériel ou prestations spécialisées.
Du tournage ponctuel à une industrie
Pour la TIA et FIPA-Tunisia, cette production doit servir de vitrine à une ambition plus large : installer la Tunisie comme hub régional de production cinématographique et audiovisuelle.
L’idée repose sur un effet d’entraînement. Une production internationale ne fait pas travailler uniquement des réalisateurs, acteurs ou techniciens. Elle mobilise une chaîne de fournisseurs beaucoup plus large, allant des hôtels aux entreprises de transport, en passant par les sociétés de construction, de sécurité ou de services.
Mediwood avait déjà engagé une montée en capacité. En octobre 2024, Afreximbank lui avait accordé une facilité de 3 millions de dollars destinée à soutenir l’expansion du complexe et à renforcer son attractivité auprès des productions d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.
La production saoudienne constitue ainsi un premier test commercial à une échelle significative.
Une concurrence régionale déjà forte
La Tunisie dispose d’atouts connus : diversité des paysages, proximité de l’Europe, expérience des équipes locales et coûts potentiellement compétitifs. Mais la concurrence s’est nettement durcie.
L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Maroc développent eux aussi studios, infrastructures et dispositifs d’incitation pour attirer les tournages internationaux. En Arabie saoudite, certains complexes mettent notamment en avant des mécanismes de remboursement pouvant atteindre 40 % des dépenses éligibles.
Dans cette compétition, la qualité des studios ne suffira donc pas. Les producteurs regarderont aussi la fiscalité, la rapidité des autorisations, les incitations financières, la disponibilité des compétences et la prévisibilité administrative.
Le vrai indicateur : les tournages suivants
Les près de 5 millions de dollars annoncés à Hammamet constituent un signal encourageant, mais pas encore la preuve de l’émergence d’un nouveau pôle régional.
Le véritable indicateur sera la répétition : combien de productions étrangères viendront après celle-ci ? Combien dépenseront-elles localement ? Combien d’emplois et de prestataires tunisiens seront mobilisés ?
Pour la Tunisie, l’enjeu n’est donc pas seulement d’accueillir un grand tournage. Il est de transformer chaque production en argument pour attirer la suivante.
Les chiffres clés
- Près de 5 M$
Montant annoncé pour la production saoudienne sur trois mois à Hammamet. - 3 mois
Durée correspondant à l’enveloppe de dépenses annoncée par la TIA.
- 3 M$
Facilité accordée à Mediwood Studios par Afreximbank en 2024 pour soutenir son expansion. - 40 %
Niveau de cash rebate mis en avant par certains studios saoudiens, illustration de la concurrence régionale pour attirer les productions. - 1 enjeu central
Passer de tournages ponctuels à un flux régulier de productions internationales.


