Prix PetroleLe Brent a dépassé mercredi 9 septembre le seuil des 100 dollars, porté par une nouvelle extension du conflit au Moyen-Orient. Pour la Tunisie, qui a bâti son budget 2026 sur un baril à 63,3 dollars, une installation durable des cours à ce niveau ferait plus que renchérir les importations : elle pourrait pratiquement doubler la facture de compensation énergétique prévue par l’État.

Le pétrole a franchi une nouvelle ligne mercredi matin. À 07h21 GMT, le Brent gagnait 2,2 % à 100,07 dollars le baril, son premier passage au-dessus de 100 dollars depuis le 24 juillet. Le WTI américain avançait de 1,83 %, à 94,73 dollars. Mardi, le Brent avait clôturé à 97,92 dollars.

La hausse ne traduit plus uniquement la crainte d’un blocage du détroit d’Ormuz. Les Houthis, soutenus par l’Iran, ont attaqué des villes et des infrastructures énergétiques saoudiennes. Dans le même temps, les États-Unis ont détruit cinq pétroliers iraniens et Téhéran a lancé des missiles contre une base utilisée par les forces américaines à Al Azraq, en Jordanie.

Le marché intègre désormais un risque plus large : voir les perturbations toucher simultanément les routes maritimes, les pétroliers et les infrastructures de production du Golfe.

Ormuz reste sous forte pression

Le détroit demeure néanmoins au cœur du choc énergétique. Avant la reprise des hostilités fin août, les flux avaient remonté à 8 à 9 millions de barils par jour. Ils sont depuis retombés sous les 2 millions de barils par jour, selon les données citées par Reuters.

Mardi, seulement six navires transportant des matières premières ont traversé Ormuz, contre une moyenne de douze sur les dix jours précédents.

Pour un pays importateur net d’énergie comme la Tunisie, cette tension se transmet directement aux comptes extérieurs et aux finances publiques.

Le budget tunisien construit sur un baril à 63,3 dollars

L’écart est désormais considérable. La loi de finances 2026 a été élaborée sur une hypothèse de 63,3 dollars le baril, avec des dépenses de subvention énergétique programmées à 4,993 milliards de dinars. Le budget total de l’État atteint 79,624 milliards de dinars.

L’IACE estime que chaque dollar supplémentaire sur le prix moyen du pétrole augmente les dépenses de compensation d’environ 164 millions de dinars.

À 100 dollars, l’écart avec l’hypothèse budgétaire atteint 36,7 dollars. Une extrapolation linéaire donnerait donc un choc théorique supérieur à 6 milliards de dinars sur une année pleine. Mais l’IACE retient un scénario plus précis : avec un Brent moyen à 100 dollars, les subventions énergétiques atteindraient environ 10,85 milliards de dinars, soit 5,86 milliards de plus que prévu initialement.

Ce supplément représenterait à lui seul environ 7,4 % du budget total de l’État 2026. La compensation énergétique absorberait alors près de 13,6 % du budget, contre environ 6,3 % dans la programmation initiale.

Il s’agit toutefois d’un scénario, pas encore d’un coût acquis : le budget tunisien sera affecté par le prix moyen du pétrole sur l’ensemble de l’année, et non par le seul passage ponctuel du Brent à 100 dollars.

Les chiffres clés

  • 100,07 $ : cours du Brent mercredi matin
  • 94,73 $ : cours du WTI
  • 63,3 $ : hypothèse pétrolière de la LF 2026 tunisienne
  • 4,993 milliards DT : subventions énergétiques initialement prévues
  • 10,85 milliards DT : estimation de l’IACE avec un Brent moyen à 100 dollars
  • +5,86 milliards DT : surcoût par rapport à la programmation initiale
  • 164 millions DT : sensibilité estimée pour chaque dollar supplémentaire sur une année

Pour Tunis, la variable décisive n’est donc plus de savoir si le Brent franchit momentanément 100 dollars, mais combien de temps il y restera. Une détente rapide limiterait le choc. Une moyenne annuelle proche de 100 dollars obligerait en revanche l’État à trouver plusieurs milliards de dinars supplémentaires, à réduire d’autres dépenses ou à modifier sa politique de prix énergétiques.