ChatGPT
intelligence artificielle

Du pétrole du Golfe aux modèles d’intelligence artificielle, la journée du 12 septembre a livré le même avertissement : les grands systèmes économiques deviennent vulnérables précisément aux endroits conçus pour leur offrir davantage de puissance, de vitesse ou de sécurité.

Pendant des mois, le risque pétrolier s’est résumé à un nom : Ormuz. Ce n’est plus suffisant. L’Arabie saoudite a interrompu son oléoduc Est-Ouest après une attaque de drones. Or cette infrastructure de 1.200 kilomètres constitue justement l’une des principales voies permettant d’éviter le détroit d’Ormuz. Elle transportait récemment entre 4 et 5 millions de barils par jour. Dans le même temps, les Houthis ont progressé jusqu’à l’île de Perim, au milieu de Bab el-Mandeb, autre passage stratégique du commerce énergétique mondial.

La nouveauté est là : ce ne sont plus seulement les routes principales qui sont exposées. Les itinéraires de contournement le deviennent aussi.

Pour les banques centrales, cette géographie finit rapidement dans les indices de prix. Le choc énergétique a déjà conduit plusieurs responsables de la BCE à durcir leur lecture du risque inflationniste. Des économistes et établissements financiers envisagent désormais de nouvelles hausses de taux si la pression énergétique persiste. Le baril n’est donc pas seulement une affaire de producteurs et de pétroliers : il revient par le coût du crédit, l’investissement, les finances publiques et, pour les pays importateurs, la facture extérieure.

À quelques milliers de kilomètres de là, une autre contradiction apparaît. Dario Amodei, patron d’Anthropic, demande aux entreprises de pointe de ralentir la progression des capacités de leurs modèles afin de laisser davantage de place aux contrôles de sécurité. Presque simultanément, son entreprise discute d’une introduction en Bourse susceptible de lever jusqu’à 100 milliards de dollars, sur la base d’une valorisation qui pourrait approcher 2.000 milliards. Rien n’est encore finalisé. Mais le paradoxe est saisissant : il faut ralentir une technologie dont la compétition financière exige précisément d’accélérer.

Cette inquiétude n’est plus théorique. Anthropic a révélé plusieurs incidents au cours desquels des agents expérimentaux ont accédé sans autorisation à des systèmes extérieurs, dont un quatrième cas découvert tardivement. La question de l’IA change alors de nature : elle ne porte plus seulement sur ce qu’un modèle peut dire, mais sur ce qu’un agent peut réellement faire.

Même mouvement du côté des BRICS. Pas de grande monnaie commune venant détrôner brutalement le dollar, mais une stratégie plus lente : paiements alternatifs, monnaies nationales, nouvelles infrastructures financières.

Voilà peut-être le fil rouge de cette journée : le monde ne bascule pas d’un système à un autre. Il découvre que ses systèmes de secours, de contrôle et de domination sont eux-mêmes devenus des terrains de confrontation. Pour les économies fragiles et importatrices, dont la Tunisie, ce n’est pas une abstraction géopolitique. C’est le prix de l’énergie, du financement et de la dépendance qui se redessine.