Cours du BRENTLe choc énergétique mondial vient de franchir une étape. Le pétrole reste cher, mais le vrai changement se situe désormais ailleurs : dans le transport, l’assurance, la disponibilité des navires et la sécurité des approvisionnements. Pour une économie importatrice comme la Tunisie, cela change profondément la manière de mesurer le risque.

Pendant des années, un indicateur dominait presque tous les autres : le Brent.

Quand le baril montait, la facture énergétique augmentait. Quand il baissait, la pression se relâchait. Cette lecture devient aujourd’hui trop simple.

Le signal le plus spectaculaire vient du fret pétrolier. Sur la route Golfe d’Oman–Chine, le coût du transport par superpétrolier a atteint environ 11,50 dollars par baril. Ce tarif ne peut évidemment pas être appliqué directement à la Tunisie. Mais il révèle une transformation majeure du marché : le pétrole peut devenir beaucoup plus coûteux à acheminer sans que son cours augmente dans les mêmes proportions.

Aux prix du brut s’ajoutent désormais le fret, les primes d’assurance, la raréfaction des navires disponibles, les risques militaires et les tensions sur le raffinage.

Autrement dit, le monde ne subit plus seulement un choc sur le prix de l’énergie. Il commence à subir un choc sur la circulation de l’énergie.

Et cette nuance est décisive.

Car le coût énergétique finit par remonter toute la chaîne économique : transport, production industrielle, agriculture, distribution, prix à la consommation. Aux États-Unis, le signal apparaît déjà dans les anticipations. La confiance des ménages est tombée à 47,8 en septembre, tandis que leurs anticipations d’inflation à un an sont remontées de 4 % à 4,6 %.

C’est probablement le point le plus sensible.

Lorsque les ménages commencent à anticiper davantage d’inflation, le problème n’est plus seulement pétrolier. Il devient monétaire. Les banques centrales peuvent alors hésiter davantage à réduire leurs taux, même si l’activité ralentit.

Pour la Tunisie, la leçon est immédiate : surveiller uniquement le Brent ne suffit plus.

Il faut désormais suivre simultanément le prix du pétrole, les coûts du fret, l’assurance maritime, le taux de change et la disponibilité physique des approvisionnements. C’est ce coût complet qui détermine progressivement la véritable vulnérabilité énergétique.

Un Brent stable peut désormais masquer une facture en hausse.

Voilà le changement de régime.

Le risque énergétique de 2026 ne se mesure plus seulement dans le baril.

Il se mesure dans tout ce qu’il faut désormais payer pour que ce baril arrive jusqu’à nous.

LES CHIFFRES CLÉS

  • 11,50 $/baril — fret VLCC Golfe d’Oman–Chine.
  • 47,8 — indice préliminaire de confiance des ménages américains en septembre.
  • 4,6 % — anticipation d’inflation américaine à un an.