La crise de la dette sénégalaise entre dans une nouvelle phase. Au moins huit gestionnaires de fonds détenteurs d’obligations souveraines ont constitué un groupe et mandaté White & Case, alors que Dakar cherche à réaménager une dette publique désormais estimée à 132 % du PIB.
Le problème n’est plus seulement de mesurer l’ampleur des engagements jusque-là mal déclarés. Il s’agit désormais de déterminer qui supportera le coût de l’ajustement.
Selon Reuters, au moins huit gestionnaires de fonds détenant des obligations sénégalaises ont formé un groupe de créanciers et choisi le cabinet White & Case pour les représenter. Leur identité n’a pas été rendue publique.
Ce mouvement intervient après la révision spectaculaire des comptes publics sénégalais. Le FMI estime la dette totale du secteur public à 132 % du PIB à fin 2024. L’audit avait notamment révélé des emprunts auparavant non déclarés représentant 25,3 points de PIB. Le montant correspondant est évalué par le FMI à plus de 11 milliards de dollars, certaines estimations approchant 13 milliards.
Le mot « reprofilage » au cœur de la bataille
Dakar souhaite éviter le terme de restructuration. Le gouvernement parle plutôt de « reprofilage », avec notamment la possibilité d’allonger les maturités et de renégocier les taux.
Pour les créanciers, toutefois, la frontière est moins nette : une modification des conditions de remboursement peut entraîner une perte économique même sans réduction du principal.
L’organisation des porteurs d’obligations montre donc que les discussions deviennent concrètes. Le Sénégal compte plus de 7 milliards de dollars d’obligations internationales, selon Reuters.
En parallèle, Dakar cherche à sécuriser un nouveau programme avec le FMI, évalué à environ 2,2 milliards de dollars sur trois ans. Son adoption dépendra notamment de la capacité du pays à présenter une trajectoire de dette jugée soutenable.
L’enjeu dépasse ainsi le niveau record de l’endettement : il porte désormais sur la répartition des concessions entre l’État sénégalais et ses différentes catégories de créanciers.
CHIFFRES CLÉS
132 % du PIB : dette totale du secteur public fin 2024
Plus de 11 Mds $ : dette supplémentaire mal déclarée selon le FMI
≈ 13 Mds $ : estimation haute citée dans certaines évaluations
Au moins 8 fonds : membres du groupe de créanciers
Plus de 7 Mds $ : obligations internationales sénégalaises
2,2 Mds $ : programme FMI envisagé sur trois ans.