Il existe une façon radicale de faire disparaître une forte fièvre : casser le thermomètre. La formule est provocatrice, mais elle résume une anomalie tunisienne : depuis 2015, le pays ne participe plus à PISA, l’une des principales évaluations internationales des compétences des élèves de 15 ans.
La Tunisie a participé à PISA jusqu’en 2015. Cette année-là, ses élèves avaient obtenu 386 points en sciences, 367 en mathématiques et 361 en compréhension de l’écrit. Des résultats très éloignés des moyennes OCDE.
Depuis, le thermomètre ne donne plus de température tunisienne.
Or PISA 2025, dont les résultats ont été publiés le 8 septembre 2026, constitue la plus vaste édition jamais organisée : plus de 760 000 élèves de 91 pays et économies, représentant environ 33 millions de jeunes de 15 ans.
L’absence tunisienne ne signifie évidemment pas que le niveau des élèves a baissé. Elle signifie quelque chose de plus gênant pour la politique publique : avec cet instrument, nous ne savons plus s’il a progressé, stagné ou reculé.
Même la France décroche
La comparaison française donne une idée des ordres de grandeur.
En 2025, la France obtient 483 points en sciences, 458 en mathématiques et 456 en lecture. Pourtant, l’OCDE considère ces résultats comme faisant partie des plus faibles jamais enregistrés par la France. Depuis 2022, celle-ci a encore perdu 16 points en mathématiques et 18 en lecture.
Même ainsi, l’écart avec les derniers résultats tunisiens disponibles reste spectaculaire : 97 points en sciences, 91 en mathématiques et 95 en lecture.
Cette comparaison doit cependant être maniée avec prudence : elle oppose la France de 2025 à la Tunisie de 2015. Mais c’est justement là le problème. Pour PISA, la Tunisie statistique a dix ans de retard.
PISA 2025 : qui domine ?
L’édition 2025 place une nouvelle fois les systèmes asiatiques largement en tête. En sciences, domaine principal de l’enquête, les meilleurs scores moyens sont :
- B-S-J-Z (Chine) — 597 points
- Singapour — 560
- Macao (Chine) — 541
- Taipei chinois — 540
- Japon — 538
- Estonie — 527
- Corée — 526
- Royaume-Uni — 511
- Canada — 510
- Nouvelle-Zélande — 509
L’Australie obtient également 509 points, ce qui rappelle qu’un classement strict doit être interprété avec prudence lorsque les scores sont statistiquement proches.
Au-delà du palmarès, l’OCDE constate surtout une dégradation générale : les moyennes des pays membres ont atteint en 2025 leurs niveaux les plus faibles jamais observés en sciences, mathématiques et lecture.
Les chiffres clés
2015 : dernière participation tunisienne.
386 / 367 / 361 : scores tunisiens en sciences, maths et lecture.
91 pays et économies : participants à PISA 2025.
760 000 élèves : échantillon mondial.
597 points : premier score mondial en sciences, B-S-J-Z (Chine).
560 points : Singapour.
483 points : France en sciences.
482 points : moyenne OCDE en sciences.
Ne pas apparaître dans un classement n’est pas remonter dans le classement. Pour améliorer l’école, encore faut-il accepter de mesurer ce qu’elle produit.


