EnergieAlors que le ministère de l’Énergie promet la fin des coupures tournantes pour le reste de l’été, le système électrique tunisien évolue sur un fil. Entre dépendance quasi totale au gaz, importations algériennes fluctuantes et essor encore timide des énergies renouvelables, l’équilibre du réseau reste suspendu aux caprices de la météo et aux fragilités structurelles de la STEG.

1. L’illusion d’une crise maîtrisée

Après un mois de juillet rythmé par des délestages sauvages aux heures de pointe — amputant l’activité économique de 11h à 17h —, les autorités affichent un optimisme prudent. L’annonce ministérielle promet un approvisionnement stable jusqu’à la fin de la saison estivale. Pourtant, la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) s’abstient de toute garantie formelle. Cette trêve apparente repose en réalité sur un alignement de facteurs hautement volatiles : des températures modérées, une maintenance sans accroc et la continuité des flux énergétiques depuis l’Algérie.

2. Le gouffre de la pointe de consommation

L’épisode de juillet a révélé l’extrême vulnérabilité du modèle tunisien. Sous l’effet des climatiseurs, la demande a bondi de 30 %, frôlant le seuil critique des 5 000 mégawatts (MW), face à une capacité nationale actuelle plafonnant à 4 630 MW. Ce déficit de plusieurs centaines de mégawatts a contraint l’opérateur public à délester en urgence pour éviter l’effondrement global (blackout). Si la mesure protège l’infrastructure, son coût économique — bien que non chiffré à ce jour par les organisations patronales — s’avère lourd : chaînes de froid rompues, arrêts de production industrielle et préjudices majeurs pour le secteur touristique.

3. L’équation algérienne et le piège du “tout-gaz”

Pour absorber ces pics, la Tunisie s’appuie sur son interconnexion avec l’Algérie, capable de fournir jusqu’à 600 MW. Cependant, cet appoint ne constitue pas un bouclier infaillible. L’interruption momentanée des flux en juillet, attribuée à des incidents techniques et aux incendies en Algérie, démontre qu’un pays voisin ne peut pallier durablement des carences structurelles internes. Cette précarité est accentuée par la composition du mix énergétique national : en 2025, le gaz naturel générait encore 94,9 % de l’électricité, exposant le pays aux chocs d’approvisionnement et aux pressions budgétaires.

4. Le défi de la transition et des investissements

Malgré une progression estimée des renouvelables à 9 % au premier semestre 2026 (difficile des chiffres officiels qui oscillent entre 4 et 6% généralement), le solaire souffre d’un décalage temporel : sa production décline en fin d’après-midi, au moment exact où la pointe de consommation persiste.

Sans capacité de stockage par batterie et sans modernisation du réseau, le vertige énergétique perdurera. Si les projets d’interconnexion transméditerranéenne (comme ELMED vers l’Italie) et les futurs parcs solaires dessinent une porte de sortie, leur concrétisation prendra des années. D’ici là, le réseau tunisien reste en sursis à chaque vague de chaleur. (source: Attaqa)

EN BREF

  • Fin des délestages conditionnelle : Le ministère annonce la stabilisation du réseau pour août 2026, mais sans engagement écrit formel de la STEG.
  • Déficit structurel de pointe : Une demande frôlant 5 000 MW face à une capacité disponible de 4 630 MW a imposé des coupures ciblées en juillet.
  • Dépendance critique au gaz : Le gaz naturel assurait 94,9 % de la production électrique en 2025, laissant le pays vulnérable aux chocs d’approvisionnement.
  • Appoint algérien sous tension : L’interconnexion permet d’importer jusqu’à 600 MW, mais subit les aléas techniques et climatiques du réseau voisin.
  • Urgence du stockage vert : Portée à environ 9 % début 2026, la part des renouvelables nécessite impérativement du stockage par batteries pour absorber la pointe du soir.