
Intitulé « Anti-Corruption : from decline to recovery » (Lutte contre la corruption : du déclin à la reprise), cette analyse est en fait un rapport préalable. Il est publié en prévision de la publication, le 31 octobre prochain, de l’Indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique (IIAG) 2026.
L’IIAG pour évaluer la bonne gouvernance
Cet indice évalue l’efficacité des mécanismes anticorruption, l’absence de corruption au sein des institutions étatiques, de l’administration publique et du secteur privé, la transparence des procédures de marchés publics et la perception qu’ont les citoyens des efforts déployés en matière de lutte contre la corruption, et ce sur la période 2016-2025.
L’édition 2026 évaluera la gouvernance publique à travers 96 indicateurs, 16 sous-catégories et quatre grandes catégories, couvrant notamment la santé, l’éducation, la sécurité, la participation, l’inclusion et les opportunités économiques.
Classée 9ème et figure dans le top des dix meilleurs pays
Pour revenir au rapport préalable sur la Tunisie, ce dernier a fait d’importantes révélations. En voici les principales.
Au niveau du classement, d’abord, il a classé la Tunisie à la 9ème place sur un total de 54 pays africains étudiés. Avec un score de 55,9 sur 100, un score supérieur à la moyenne africaine 39 points, la Tunisie a fait des progrès significatifs, entre 2016 et 2025, en gagnant 4,2 points et trois places au classement continental.
Point d’orgue des progrès accomplis par la Tunisie, le rapport relève l’amélioration enregistrée en matière des procédures des marchés publics, où elle a enregistré la deuxième plus forte progression en Afrique, avec un gain de 45,6 points au cours de la dernière décennie. Seuls les Seychelles ont fait mieux, avec une augmentation de 50 points dans leurs mécanismes de lutte contre la corruption.
Les auteurs de cette analyse ont cependant nuancé leur évaluation de la lutte contre la corruption en Tunisie. Ils ont classé la progression accomplie par la Tunisie dans la catégorie des « signaux d’alerte ». Cette appellation est attribuée aux pays dont les progrès récents restent fragiles ou insuffisamment consolidés, les exposant ainsi à un risque de stagnation, voire de régression, à moins que les réformes en cours ne soient maintenues et renforcées.
- Corruption : Le diagnostic sévère de Transparency International pour 2025
- Transparency International : L’IPC est-il un Reflet Fidèle de la Corruption en Tunisie ?
Les constats majeurs du rapport
Au niveau continental, cette nouvelle analyse de la Fondation Mo Ibrahim sur la lutte contre la corruption en Afrique a relevé quatre constats.
Le premier fait état de progrès significatifs enregistrés, globalement, au niveau continental en matière de lutte contre la corruption. Néanmoins, ces progrès restent trop lents et inégaux.
Le deuxième concerne l’inégalité des progrès accomplis et relève la détérioration des performances dans 28 pays, qui représentent près de 59 % de la population africaine. L’ampleur de cette inégalité est perceptible à travers l’écart entre les deux pays en tête du classement (Rwanda et Seychelles avec un score de 76,6) et celui en queue de peloton (Sud du Soudan avec un score de 6,9 points) s’est ainsi élevé à 69,7 points. .
Le troisième constat a trait aux progrès réalisés dans le secteur privé lesqvlzuels contrastent avec la stagnation dans le secteur public. La lutte contre la corruption dans le secteur privé a enregistré la plus forte amélioration, tandis que les performances dans le secteur public sont restées inchangées entre 2016 et 2025.
Le quatrième porte sur les perspectives. Le rapport évoque un possible redressement de la situation et le conditionne par un retour de la confiance des populations dans les institutions des Etats.
Le Rwanda et les Seychelles, premiers ex-aequo
Par pays, les Seychelles ont enregistré la plus forte progression et occupent conjointement la première place avec le Rwanda.
Avec un score de 65,7 points, la République de Maurice occupe la troisième marche du podium (Top des 10) en 2025, devant le Sénégal (64 points), le Bénin (58,7), le Botswana (57,8), la Namibie (57,6), le Cap-Vert (56,1), la Tunisie (55,9) et le Burkina Faso (55,6).
Abou SARRA
EN BREF
- Top 10 Africain : La Tunisie se classe 9ᵉ sur 54 pays africains avec un score de 55,9/100, dépassant largement la moyenne continentale (39/100).
- Gain au classement : Progression de 4,2 points et gain de 3 places au niveau continental sur la période 2016-2025.
- Performance Marchés Publics : 2ᵉ plus forte progression en Afrique sur l’indicateur des marchés publics (+45,6 points), devancée uniquement par les Seychelles (+50 points).
- Statut de précaution : Progrès classés sous « signal d’alerte » par la Fondation Mo Ibrahim en raison de leur fragilité structurelle.
- Prochain rendez-vous : Publication intégrale de l’Indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique (IIAG) 2026 fixée au 31 octobre.
Comment la TUNEPS peut avoir influencé le score de la Tunisie
Le rôle de TUNEPS est surtout indirect mais techniquement cohérent avec les critères retenus par la Fondation.
1. Généralisation de la mise en concurrence électronique
TUNEPS, opérationnel depuis 2013, permet la publication des opportunités, l’accès aux dossiers, la soumission électronique et le traitement de différentes étapes de la passation. Son utilisation a été rendue obligatoire par le décret gouvernemental n° 2018-416 du 11 mai 2018, avec une entrée en vigueur à partir du 1er septembre 2018 pour les principaux acheteurs publics, puis une extension aux collectivités locales.
Cette obligation peut améliorer l’évaluation internationale de la concurrence parce qu’elle réduit, au moins formellement :
- les appels d’offres diffusés uniquement auprès d’un cercle restreint ;
- l’asymétrie d’information entre fournisseurs ;
- les possibilités de modification discrétionnaire des délais ou des documents ;
- les remises physiques d’offres difficiles à tracer.
2. Traçabilité des opérations
La dématérialisation crée des traces électroniques : date de publication, téléchargement des documents, dépôts, échanges et décisions. Cette traçabilité facilite théoriquement les contrôles et rend certaines manipulations plus difficiles à dissimuler.
L’OCDE associe précisément TUNEPS à des gains attendus de transparence par la traçabilité, d’efficacité de la dépense et d’accès des PME aux opportunités de marchés publics. Les marchés publics représentent par ailleurs un enjeu économique majeur en Tunisie : au moins 14 % du PIB et environ 40 % des dépenses publiques, selon les données reprises par l’OCDE.


