
Le Maroc n’est plus simplement en train de préparer son ambition touristique pour 2030. Il en a déjà parcouru une grande partie du chemin.
Dans une intervention diffusée par Sky News Arabia Business, l’économiste Zakaria Firano estime que les résultats du secteur confirment l’efficacité de la feuille de route gouvernementale. Il souligne notamment le rôle des investissements dans les infrastructures et la connectivité.
Les données actualisées confortent cette lecture. En 2025, le Royaume a accueilli 19,8 millions de touristes, soit 2,4 millions de plus qu’en 2024 et une progression annuelle de 14 %. Il a ainsi dépassé, avec un an d’avance, l’objectif intermédiaire de 17,5 millions de visiteurs initialement fixé pour 2026. Ministère marocain du Tourisme
Plus des trois quarts de l’objectif déjà atteints
Avec 19,8 millions de visiteurs, le Maroc a déjà réalisé environ 76 % de son objectif pour 2030. Il lui reste à attirer 6,2 millions de touristes supplémentaires au cours des cinq prochaines années.
Pour atteindre 26 millions de visiteurs, les arrivées devront progresser en moyenne d’environ 5,6 % par an entre 2025 et 2030. Ce rythme est nettement inférieur à la croissance de 14 % enregistrée en 2025. Mathématiquement, l’objectif paraît donc réaliste.
La dynamique s’est poursuivie en 2026. À fin mai, les arrivées touristiques internationales progressaient de 7 %, les recettes de voyage de 21 % et les nuitées dans les établissements classés de 9 %. Ces trois indicateurs sont importants : ils montrent que la croissance ne repose pas uniquement sur les passages aux frontières, mais commence également à se traduire dans l’hébergement et les revenus. Conseil d’administration de l’ONMT, juillet 2026
Le pari de la connectivité aérienne
La première force de la stratégie marocaine réside dans son approche intégrée. La feuille de route 2023-2026 ne repose pas sur une seule campagne promotionnelle. Elle agit simultanément sur le transport aérien, l’hébergement, l’investissement, la qualité des services, l’animation et la diversification des destinations.
Pour la saison estivale 2026, la capacité aérienne contractualisée a atteint 7,74 millions de sièges, en hausse de 13 % sur un an. Cinquante-deux nouvelles dessertes internationales ont été lancées au cours du premier semestre, tandis que de nouvelles bases aériennes ont été ouvertes à Rabat, Marrakech et Tétouan.
Cette amélioration de l’accessibilité constitue un avantage décisif. Dans le tourisme international, une destination ne concurrence pas seulement les autres pays par ses plages, son patrimoine ou ses tarifs. Elle concurrence aussi leur fréquence de vols, la diversité de leurs liaisons directes et la simplicité du parcours proposé au voyageur.
Des recettes qui progressent plus rapidement
L’un des signaux les plus favorables concerne les recettes touristiques. Elles ont atteint 138 milliards de dirhams en 2025, en hausse de 21 % par rapport à 2024 et de 75 % par rapport à 2019.
Cette progression est supérieure à celle des arrivées. Elle suggère une amélioration de la valeur économique générée par le secteur, même si une analyse détaillée des dépenses moyennes, de la durée des séjours et de l’inflation reste nécessaire pour mesurer précisément la montée en gamme.
Les établissements d’hébergement touristique classés ont enregistré 43,4 millions de nuitées en 2025, soit une hausse de 9 %. Le véritable indicateur de réussite sera désormais la capacité à prolonger les séjours et à mieux diffuser les dépenses dans l’économie locale.
Le Mondial comme accélérateur, pas comme finalité
La Coupe du monde 2030, organisée avec l’Espagne et le Portugal, joue un rôle d’accélérateur. Le Maroc investit plus de 190 milliards de dirhams dans les réseaux ferroviaires, les routes, les aéroports, les stades et les aménagements urbains.
Ce montant ne doit toutefois pas être présenté comme un investissement exclusivement touristique. Il concerne un ensemble d’infrastructures dont les effets dépasseront largement l’événement sportif.
La ministre du Tourisme, Fatim-Zahra Ammor, a indiqué que le pays prévoyait également d’ajouter 60 000 lits hôteliers d’ici 2030, soit environ 20 % de la capacité actuelle. Plus de 45 000 lits ont déjà été créés au cours des quatre dernières années, portant l’offre nationale à un peu plus de 300 000 lits. Reuters, 20 juillet 2026
L’enjeu consiste à éviter que ces nouvelles capacités ne répondent qu’au pic de fréquentation lié au Mondial. Leur rentabilité dépendra de la capacité du pays à maintenir une demande soutenue après 2030.
Le risque d’une croissance trop concentrée
Le succès quantitatif ne règle pas toutes les fragilités. Marrakech et Agadir demeurent des locomotives puissantes, mais une concentration excessive des flux peut accroître la pression sur les ressources, les infrastructures urbaines et les prix locaux.
Le Maroc cherche donc à développer d’autres pôles, notamment Rabat, autour du tourisme culturel, sportif et d’affaires. La feuille de route prévoit également neuf filières thématiques, allant du tourisme balnéaire aux circuits culturels, en passant par le désert, les espaces naturels et les voyages d’affaires. Feuille de route officielle 2023-2026
La diversification géographique sera déterminante pour transformer les records nationaux en développement territorial. Elle permettra aussi d’allonger la saison touristique et de réduire la dépendance de certaines régions à quelques marchés européens.
La bataille décisive : créer davantage de valeur
L’objectif de 26 millions de touristes paraît aujourd’hui crédible. Mais atteindre ce chiffre ne suffira pas à démontrer la réussite complète de la stratégie.
Le Maroc devra simultanément améliorer la formation, maintenir la qualité du service, préserver ses ressources naturelles et accompagner les petites entreprises locales. Il devra également veiller à ce que la hausse des arrivées se traduise par des emplois durables et une augmentation réelle de la valeur ajoutée.
La première phase de la stratégie marocaine a consisté à changer d’échelle. La seconde devra permettre de changer de modèle : passer d’une course aux arrivées à une économie touristique capable de produire davantage de valeur par visiteur, par territoire et par emploi.
Chiffres clés
- 19,8 millions de touristes accueillis en 2025.
- +14 % d’arrivées par rapport à 2024.
- 138 milliards de dirhams de recettes touristiques.
- 43,4 millions de nuitées dans les hébergements classés.
- 26 millions de touristes visés en 2030.
- 60 000 lits supplémentaires programmés d’ici 2030.
- 5,6 % par an : croissance moyenne nécessaire pour atteindre la cible.
EN BREF
Le Maroc a accueilli 19,8 millions de touristes en 2025, dépassant déjà l’objectif intermédiaire de 17,5 millions fixé pour 2026. Pour atteindre 26 millions de visiteurs en 2030, une croissance moyenne d’environ 5,6 % par an serait désormais suffisante. La connectivité aérienne, l’extension des capacités hôtelières et les infrastructures liées au Mondial soutiennent cette trajectoire. Le véritable défi sera toutefois de convertir les records d’arrivées en recettes, emplois durables, qualité de service et développement territorial équilibré.


