
Sous Rome, l’«Africa romana» était une terre viticole majeure. Et même lorsque la production déclina avec l’arrivée de l’islam au VIIe siècle, elle ne disparut jamais totalement, portée par des usages locaux et des communautés minoritaires.
Ce legs ancien a connu des soubresauts, notamment sous le protectorat français, qui relança la production à la faveur de la crise du phylloxéra en Europe. Après l’indépendance, la filière a traversé une période de collectivisation et de production de masse, avant d’opérer un tournant qualitatif dans les années 1990 et 2000.
Un patrimoine qui ressurgit sous les feux des projecteurs… étrangers
Les vins nationaux, on n’en parle pas souvent dans les médias nationaux même si une partie non négligeable de la population en consomme régulièrement. Ce sont plutôt des journaux ou des sites internationaux qui saluent la qualité des crus tunisiens, leur audace aromatique et la singularité d’un terroir façonné par les vents du Cap Bon, les reliefs de Béja et Jendouba, ou les sols fertiles de Mornag.
Une reconnaissance venue d’ailleurs, qui invite à revaloriser un savoir-faire local trop longtemps relégué. Nous pouvons ainsi lire dans “La Revue des Vins de France” “Il faut dire que dans le Maghreb, et surtout dans l’actuelle Tunisie, la vigne règne depuis l’Antiquité. Phéniciens, Carthaginois, Romains et Byzantins l’ont toujours cultivée.
Le Carthaginois Magon, père d’un fameux traité d’agronomie, continue à être célébré au travers d’étiquettes à sa mémoire, symbole du renouveau des vins tunisiens. Car cette viticulture revient de loin “.
La filière, concentrée dans le nord du pays, conjugue cépages internationaux (Carignan, Chardonnay, Syrah…) et Appellations d’Origine Contrôlée comme celles de Mornag ou de Kélibia. Elle fait face à des défis — renouvellement du vignoble freiné par les restrictions d’importation, manque d’un office représentatif — mais elle avance, portée par des structures comme l’UCCV et des producteurs ambitieux comme les Vignerons de Carthage.
Depuis les années 1990, la modernisation des outils, l’arrivée de capitaux étrangers et la montée en gamme des cuvées ont permis à la Tunisie de renouer avec l’excellence. Membre de l’OIV, elle s’inscrit désormais dans une dynamique internationale, où l’œnotourisme — notamment à travers l’itinéraire – La route des vins Iter Vitis Magon – devient un levier de valorisation culturelle et économique.
Aujourd’hui, le pays produit des vins de qualité grâce à des terroirs variés mais en moindre quantités. Les partenariats internationaux et un investissement dans la modernisation des techniques de production pourraient œuvrer à développer le secteur même si la production est historiquement moins connue à l’export que sur le marché local.
A.B.A
- “Plus de 2 000 ans d’histoire viticole depuis l’époque phénicienne et carthaginoise”
- “Virage qualitatif initié dans les années 1990-2000”
- “AOC majeures : Mornag et Kélibia”
- “Projet structurant : Route culturelle Iter Vitis Magon”.


