L’été tunisien ne brûle pas seulement sous le soleil, il flanche sous le poids d’un réseau électrique au bord de l’asphyxie. Des usines de textile à l’arrêt aux chaînes du froid brisées dans la restauration, le coût économique des coupures de la STEG s’alourdit d’heure en heure. Analyse d’une crise systémique où chaque secteur paye au prix fort les ratés de la transition énergétique.

1. L’illusion des chiffres et la réalité des pertes directes

Face à l’ampleur des délestages, les prédictions alarmistes multiplient les estimations spectaculaires, évoquant des dégâts dépassant le milliard de dinars. Pourtant, la rigueur factuelle impose d’observer les données certifiées. Selon l’économiste Hazem Krichen, si des délestages de quatre heures quotidiennes persistent sur une période de dix jours, les pertes directes atteindront 50 millions de dinars, assorties de coûts indirects trois à quatre fois plus élevés. L’impact réel ne réside pas dans la surenchère des chiffres, mais dans l’effet domino destructeur subit par le tissu productif national.

2. Le choc sectoriel : du tourisme aux chaînes industrielles

L’onde de choc traverse l’ensemble de l’appareil économique tunisien sans épargner aucun secteur clé :

  • Tourisme & Hôtellerie : La haute saison subit un coup d’arrêt dramatique. À Kélibia, 11 touristes italiens ont écourté leur séjour en raison de l’instabilité de la climatisation et de l’eau. À Djerba, les maisons d’hôtes subissent jusqu’à trois coupures quotidiennes depuis la mi-juillet.

  • Agroalimentaire & Pêche : La chaîne du froid s’effondre. Selon Islem Chaabane (Chambre Nationale des Restaurateurs), la détérioration des denrées s’accompagne de frais de réparation atteignant 500 dinars par réfrigérateur endommagé par les surtensions. Dans les ports, l’UTAP alerte sur des tonnes de sardines menacées par le manque de glace.

  • Élevage & Agriculture : Hassan Latif (URAP Sousse) signale une mortalité avicole moyenne de 5 à 6 %, grimpant jusqu’à 50 % dans certains élevages. Parallèlement, la SONEDE a relevé jusqu’à 1 000 interruptions quotidiennes dans ses stations de pompage du Grand Tunis.

  • Industrie & Textile : Le secteur textile accumule jusqu’à 55 heures d’arrêt par usine en une semaine, tandis que le président de l’Union des PME industrielles, Wissam Ben Amor, dénonce la multiplication des surcoûts liés au redémarrage des chaînes et aux heures payées non produites.

3. Feuille de route d’urgence : six leviers d’action immédiats

Pour stopper l’hémorragie économique, une série de mesures d’organisation opérationnelles doit être déployée sans délai :

  1. Cartographie dynamique : Publier une carte interactive en temps réel des zones coupées pour restaurer la confiance des opérateurs.

  2. Créneaux stratégiques d’alimentation : Garantir l’électricité nocturne pour les chambres froides et exempter totalement de délestage les fabriques de glace portuaires.

  3. Valorisation des 400 MW photovoltaïques : Faciliter le financement des onduleurs hybrides et batteries de stockage (via un mécanisme type Prosol) suite à la récente autorisation de la STEG.

  4. Équipements mobiles : Déployer des groupes électrogènes conteneurisés prioritaires vers les élevages et les stations de la SONEDE.

  5. Mutualisation interentreprises : Structurer la mise en commun de groupes électrogènes entre PME et acteurs touristiques locaux via un fonds de solidarité professionnel.

  6. Recouvrement des créances publiques : Accélérer la collecte des 6,061 milliards de dinars de créances dues à la STEG, dont environ 45 % proviennent des administrations et entreprises publiques elles-mêmes.

Avertissement : Les chiffres, données, analyses et opinions présentés dans cette publication relèvent de la responsabilité de l’auteur du post. Leur reprise ne vaut ni validation ni confirmation par notre rédaction.