ElectricitéFace au black-out d’information entourant les délestages électriques répétés de la STEG en pleine canicule, la société civile tunisienne prend le relais. Grâce à la plateforme crowdsourcée « Famma Dhaw ? », les citoyens cartographient en temps réel l’état du réseau, transformant l’urgence climatique et l’inefficacité publique en une expérience inédite de solidarité collaborative et de souveraineté de la donnée.

La faillite de la communication publique face au choc climatique

Alors que la Tunisie subit des vagues de chaleur extrêmes poussant le réseau électrique national dans ses derniers retranchements, la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) peine à anticiper et communiquer ses plans de délestage.

Dans ce vide informationnel préjudiciable tant pour les ménages que pour la productivité économique localisée, l’initiative citoyenne « Famma Dhaw ? » (« Y a-t-il de l’électricité ? ») s’impose comme une réponse technologique pragmatique. Accessible via famma-dhaw.com, la plateforme numérique transforme chaque usager en capteur d’information en temps réel, palliant l’absence de transparence sur la gestion des flux d’énergie.

Le crowdsourcing comme vecteur de résilience sociétale

Le modèle économique et opérationnel repose sur le financement participatif de la donnée, ou crowdsourcing. En permettant aux habitants de signaler instantanément l’interruption ou la reprise du service au niveau de leur quartier, l’outil génère un indicateur de tension infrastructurelle d’une précision inédite.

Les métriques témoignent d’un engouement massif : plusieurs centaines de milliers de signalements accumulés et des pics dépassant 16 000 alertes en l’espace de quelques minutes. De Grand Tunis (Aïn Zaghouan, Bab El Khadra, Bab Saâdoun) jusqu’aux gouvernorats de l’intérieur, la donnée citoyenne devient plus réactive que les canaux officiels.

Vers une gouvernance participative des services publics

Au-delà de la simple entraide domestique pour planifier les tâches quotidiennes face aux pics de climatisation, « Famma Dhaw ? » pose les jalons d’un contre-pouvoir informationnel. En affichant les données à la seconde près, ce tableau de bord participatif constitue un audit à ciel ouvert des vulnérabilités du réseau tunisien.

Il démontre que la jeunesse et l’écosystème tech local possèdent la réactivité nécessaire pour concevoir des outils de gestion de crise, invitant tacitement les monospoles d’État à moderniser leur relation client à l’ère du Web participatif.