
Le délestage, ultime garde-fou contre l’effondrement systémique
Intervenant sur les ondes d’Express FM, Chakib Ben Rayana, expert international en exploitation des réseaux électriques, a livre un diagnostic sans concession : les interruptions programmées de courant subies par les Tunisiens constituent la dernière barrière de sécurité avant le collapse total du réseau national.
Sous la pression combinée d’une demande record tirée par la climatisation et de capacités de production saturées, la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) n’a eu d’autre alternative que d’actionner des protocoles d’urgence.
Disculpant les ingénieurs et techniciens qui opèrent sous une contrainte extrême, l’expert rappelle que ces coupures ciblées préservent l’intégrité physique de l’infrastructure de transport.
Une crise structurelle nourrie par l’inertie administrative et financière
Le déficit d’offre actuel ne surprend pas les analystes. La Tunisie disposait d’études prospectives rigoureuses anticipant la trajectoire de la demande. Toutefois, la concrétisation des projets clés est restée paralysée par des blocages administratifs récurrents, des lenteurs décisionnelles et un accès contraint aux financements.
Ce retard d’exécution a non seulement bridé l’expansion des centrales thermiques conventionnelles, mais a également entravé le déploiement du programme national d’énergies renouvelables, qui visait la réalisation de 1.700 mégawatts d’origine propre. L’écart entre planification stratégique et capacité opérationnelle s’est ainsi dramatiquement creusé.
Les exigences d’une gouvernance prédictive et intégrée
Mettant en perspective les standards internationaux, à l’instar des protocoles appliqués à Dubaï, Chakib Ben Rayana souligne la nécessité d’une gestion préventive : planification pluriannuelle, suspension des travaux non critiques durant les pics estivaux et transparence communicationnelle via des systèmes d’alerte précoce.
Pour sortir de cette vulnérabilité structurelle, la réponse ne pourra se limiter à l’injection de mégawatts additionnels. Elle impose une vision globale combinant la modernisation des réseaux de transport, le déploiement massif du stockage par batteries, la valorisation énergétique des déchets et le renforcement des interconnexions transfrontalières avec l’Algérie, la Libye et l’Europe.
EN BREF
- Arbitrage technique ultime : Le délestage électrique a évité un effondrement global du réseau national tunisien en pleine canicule.
- Origine structurelle : La crise résulte de retards décisionnels, de contraintes de financement et du blocage de projets de production majeurs.
- Objectif EnR contrarié : L’accumulation de retard entrave l’atteinte de la cible de 1700 MW de capacité renouvelable.
- Défense du personnel technique : Les équipes de la STEG appliquent des protocoles d’urgence pour protéger le matériel et ne sont pas responsables des retards d’investissement.
- Feuille de route stratégique : La sécurité énergétique future exige du stockage par batteries, la modernisation du réseau et des interconnexions régionales.


