La transformation numérique constitue un levier stratégique pour renforcer l’intégration commerciale en Afrique du Nord et permettre à la sous-région de tirer pleinement parti des opportunités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), ont souligné les participants à un webinaire organisé la semaine dernière par le Bureau de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) pour l’Afrique du Nord.

Cette rencontre a permis d’examiner le rôle de la numérisation dans le développement du commerce régional et d’identifier les conditions nécessaires pour favoriser un commerce numérique inclusif au sein de la sous-région.

Des représentants de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), de l’Université Côte d’Azur et de l’Université Mohammed V de Rabat ont présenté leurs analyses et débattu des politiques à mettre en œuvre pour exploiter le potentiel de la transformation numérique.

Les experts ont identifié quatre priorités. La première concerne le renforcement des infrastructures indispensables au commerce numérique, notamment l’accès à l’électricité, les réseaux de fibre optique et les antennes-relais.

La deuxième porte sur le développement des compétences numériques et de l’inclusion financière afin de permettre aux citoyens et aux entreprises de participer au commerce en ligne, à travers notamment la formation aux outils numériques et le renforcement des établissements de formation technique.

La troisième priorité vise à développer des plateformes numériques, publiques et privées, capables d’offrir aux petites et moyennes entreprises (PME) un meilleur accès aux marchés, au commerce électronique et aux systèmes de paiement.

Les intervenants ont insisté, en quatrième lieu, sur la nécessité d’adopter des politiques nationales et internationales favorisant un commerce numérique inclusif, notamment en matière de gouvernance des données, de protection des consommateurs, de cybersécurité et de mise en œuvre de l’Accord de l’OMC sur le commerce électronique.

« De manière générale, l’économie numérique de l’Afrique devrait atteindre 712 milliards de dollars d’ici 2050, faisant des outils numériques et du commerce électronique des leviers essentiels pour l’accès aux marchés et l’intégration dans les chaînes de valeur », souligne la CEA dans un communiqué.

Les participants ont également rappelé que le Protocole sur le commerce numérique de la ZLECAf, signé en février 2024, ambitionne d’accélérer l’intégration régionale grâce à la numérisation, en facilitant l’accès aux marchés, la dématérialisation des procédures commerciales, la gouvernance des données, la cybersécurité et l’inclusion numérique.

Si l’Afrique du Nord demeure la sous-région la moins intégrée du continent, elle bénéficie néanmoins d’un taux d’accès à internet supérieur à la moyenne africaine, ce qui lui confère un potentiel important pour développer un commerce numérique au service de la croissance et du développement économique.

La CEA relève toutefois que cet accès reste en deçà de son potentiel et demeure très inégal selon les pays. Alors que les pays à revenu élevé enregistrent un taux moyen de connexion de 94 %, la moyenne nord-africaine s’établit à 67 %, avec seulement 19 % au Soudan et 46 % en Mauritanie. Les disparités se reflètent également dans l’Indice de développement des TIC (IDI), où la sous-région affiche un score moyen de 79,6, contre 92,5 dans les pays à revenu élevé, la Mauritanie n’obtenant que 58 points.

Les experts ont enfin rappelé que les PME représentent entre 80 et 90 % des entreprises formelles en Afrique du Nord. Ils ont estimé que des politiques publiques favorisant leur transformation numérique et leur intégration au commerce électronique seront déterminantes pour permettre à la sous-région de tirer pleinement profit de la ZLECAf et de son Protocole sur le commerce numérique.