
Objectifs des chancelleries : remédier au manque de fonds que le gouvernement tunisien aurait du affecter à la restauration des vestiges archéologiques, reconnaitre la valeur universelle du patrimoine archéologique tunisien et optimiser ces vestiges pour booster l’économie du pays par le canal du développement du tourisme culturel.
Au regard de cette diplomatie archéologique, le nombre de pays qui participent aux fouilles archéologiques en Tunisie est le moins qu’on puisse dire est impressionnant.
La France investit dans la visibilité esthétique du site de Carthage
Pour ne citer que les plus récents, il y a lieu d’évoquer la France. Son agence Expertise France (EF) vient de lancer un appel d’offres pour la réhabilitation du musée de Carthage (17 juin 2026).
Cet appel d’offres, lancé en vue de la réalisation d’un projet visant la valorisation du patrimoine archéologique de Carthage, s’articuler autour de trois lots : conservation des pièces patrimoniales, réhabilitation, aménagement d’espaces verts entourant le site historique, scénographie et équipement muséal.
L’accent sera mis sur la visibilité et l’esthétique du site.
La Chine découvre et finance un site archéologique
Vient ensuite la Chine –bien la Chine, qui l’eut cru-. En vertu d’un accord conclu, au mois de mai 2026, le Centre National Chinois d’Archéologie a accordé à l’Institut National du Patrimoine (INP), un don d’équipements et de matériels destiné à l’aménagement et à la valorisation du site archéologique de Ben Arous, en prévision de son ouverture au public à la fin du mois de juillet prochain.
Les équipements fournis permettront d’aménager le parcours de visite à l’intérieur du site et d’installer des panneaux d’orientation et d’information retraçant l’histoire et les différentes composantes archéologiques du site. Il s’agit principalement d’un temple et de quartiers résidentiels antiques remontant à l’époque romaine et s’étendant sur 9000 m2.
Ce don qui marque la phase finale du projet de partenariat a été précédé par des travaux entrepris par la partie chinoise aux fins de prospecter le site et de ses environs et d’entamer la fouille archéologique du site : découvertes et identification. Les découvertes, qu’il s’agisse de poteries, de céramique ou de monnaies par exemple, vont aider à dater les époques découvertes lors des fouilles, avant de procéder aux publications scientifiques et à la dernière étape de restauration et de mise en valeur du site.
Est- il besoin de rappeler que le site archéologique de Ben Arous a été découvert de manière fortuite en 2019, lors des travaux de construction du Complexe culturel et sportif pour la jeunesse de Ben Arous, institution réalisée avec un financement chinois.
Les américains au chevet du Colisée d’Afrique
Les américains sont également dynamiques en matière de valorisation des sites archéologues tunisiens, particulièrement par le canal de subventions gouvernementales et du Fonds des Ambassadeurs pour la préservation du patrimoine culturel (AFCP). Au total, ils ont sponsorisé plusieurs projets :
- restauration, moyennant un don de 330 mille dinars, d’une partie du site archéologique d’Ouedhna (ruines archéologiques romaines, anciennes médinas, préservation des citernes) dans la région de Ben Arous.
- Restauration du site de Sbeitla (gouvernorat de Kasserine), moyennant un financement de 50 millions de dollars fourni dans le cadre du projet Visit Tunisia (valorisation des richesses naturelles, culturelles et historiques uniques du pays).
- Restauration au moyen d’un don de 2 millions de dinars de l’amphithéâtre romain d’El Jem (Colisée de l’Afrique) classé au patrimoine mondial de l’UNESCO (installation d’un ascenseur pour faciliter l’accès des personnes à mobilité réduite et restauration des mosaïques).
Et pour ne rien oublier, Tunis et washington coopèrent depuis 1995, dans des campagnes de fouilles archéologiques, d’études et de publications scientifiques sur le site de Carthage.
Tunisie –Allemagne : découverte d’un trésor monétaire datant de la fin de l’Antiquité.
L’Allemagne est également présente dans les domaines de la muséologie et de l’archéologie.
Des fouilles mixtes tuniso allemandes sont entreprises sur le site antique de Chemtou (ancienne Smitthus), situé à environ 180 km à l’ouest de Tunis. Ces travaux sont conduits conjointement depuis 1964 par le Deutsches Archäologisches Institut et le Institut National du Patrimoine (Tunisie).
L’ancienne agglomération, dont les origines remontent à l’âge du Fer (VIIIe siècle av. J.-C.), est particulièrement connue pour son marbre jaune, appelé dans l’Empire romain Giallo Antico. Ce matériau prestigieux a été largement utilisé dans la décoration de monuments majeurs de la Rome antique, notamment le temple d’Apollon sur le Palatin, le Forum romain et le Panthéon.
Parmi les résultats les plus significatifs de cette coopération figure la découverte et l’étude d’un trésor monétaire datant de la fin de l’Antiquité.
Forte présence italienne
L’Italie, fort de ses liens historiques avec la Tunisie (héritière de Carthage) et de la proximité géographique, se distingue par sa forte présence. Elle s’est affirmée, depuis plusieurs décennies, comme le principal partenaire étranger de la Tunisie dans le domaine archéologique.
Au nombre des projets de partenariat établis, récemment, entre les deux parties figure la coopération, sur le site de Carthage. Cette coopération est instaurée entre l’ Université Sapienza de Rome et l’Institut national du patrimoine tunisien(INP).
A l’évidence, entre Tunis et Rome, Carthage demeure un terrain de recherche exceptionnel pour comprendre les grandes civilisations qui ont façonné l’espace méditerranéen
Abstraction faite de ces éclairages sur les partenariats archéologiques entre la Tunisie et des pays amis, nous pensons, de notre côté, que l’archéologie est devenue un instrument de diplomatie culturelle. A travers les fouilles et projets de recherche et les programmes de formation, elle contribue à la conscientisation des tunisiens à l’enjeu de la restauration des vestiges et à la sauvegarde d’un patrimoine qui a participé à la construction d’un des berceaux de la civilisation humaine, l’espace méditerranéen, Mare nostrum.
Abou SARRA
EN BREF
- Contraste alarmant : Une lutte entre pillage opportuniste local et investissements internationaux massifs pour la préservation.
- Expertise France : Lancement d’un projet de réhabilitation muséale ambitieux à Carthage (juin 2026).
- Pivot chinois : La Chine finance l’aménagement du site de Ben Arous, transformant une découverte fortuite en atout touristique.
- Levier US : 50 millions de dollars injectés via « Visit Tunisia » pour valoriser le patrimoine historique national.
- Soft Power : L’archéologie s’impose comme un outil diplomatique majeur pour conscientiser les populations et stimuler le tourisme culturel.


