Les résultats enregistrés par l’économie tunisienne ces dernières années constituent des acquis importants qui demeurent toutefois sous surveillance permanente, dans un environnement international marqué par l’incertitude et la multiplication des chocs, a déclaré, jeudi, le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), Fethi Zouhaeir Nouri,.

Intervenant lors de la 22e édition du Forum de l’investissement (TIF) qui se tient du 25 au 26 juin 2026, Nouri a ajouté que la BCT continue de suivre avec une attention particulière l’évolution de l’inflation, le taux de change, les réserves en devises et de certaines sources de vulnérabilité externe afin de préserver la stabilité économique et financière.

“Cette stabilité retrouvée constitue un socle essentiel de visibilité pour les acteurs économiques, mais elle doit désormais être consolidée par l’accélération des réformes”, a-t-il encore fait savoir, estimant que la poursuite de cette tendance reste tributaire d’une croissance qui soit davantage soutenue par l’investissement productif, les exportations et les entrées de capitaux non générateurs d’endettement, notamment les investissements directs étrangers (IDE).

“Ces résultats ne sont pas seulement des indicateurs macroéconomiques, ce sont des signaux adressés à la communauté des investisseurs, car au-delà des opportunités sectorielles, les investisseurs recherchent avant tout la stabilité, la prévisibilité, le respect des engagements et la solidité des institutions”, a indiqué le gouverneur de la BCT, estimant que la Tunisie a démontré sa capacité à faire face aux turbulences.

“La Tunisie a honoré l’intégralité de ses engagements financiers extérieurs dans les délais requis, préservant ainsi sa crédibilité auprès de ses partenaires et des marchés”, a-t-il rappelé.

Et d’ajouter que les rendements des titres tunisiens sur le marché international ont enregistré une amélioration sensible, marquant une tendance baissière significative depuis 2024, s’établissant dans une fourchette de 7% enregistré au cours de 5 premiers mois de 2026, contre plus de 30 % en 2023 .

“L’amélioration de la note souveraine de la Tunisie constitue également un signal fort que la crédibilité de notre pays se reconstruit sur des bases solides”, a estimé Nouri.

S’agissant de la question de la dette, le gouverneur a rappelé que la Tunisie est entrée depuis 2023, dans une phase de désendettement extérieur net.

“L’encours de la dette extérieure à long terme est passé de 82 milliards de dinars à 68 milliards en 2022, soit une contraction de près de 18 %”, a-t-il affirmé, estimant que toute cette dynamique traduit simultanément une amélioration de la soutenabilité extérieure, une réduction de la dépendance vis-à vis des marchés internationaux et un rééquilibrage progressif du modèle de financement externe de l’économie tunisienne.

Pour Nouri, , la stabilité reconquise n’est pas une finalité en soi, elle est le socle d’une nouvelle phase, celle de l’investissement, de la création de richesses et de l’accélération de la croissance.

“La compétitivité ne se décrète pas, elle se construit par des réformes courageuses, une administration plus efficace, des infrastructures plus performantes, une énergie plus disponible… et par une confiance renouvelée entre tous les acteurs économiques”, a déclaré le gouverneur de la BCT.

S’agissant de la question de l’investissement, clé de toutes les transformations économiques, Nouri a estimé qu’elle ne doit pas être abordée sous un angle essentiellement réglementaire (code d’investissement, incitations fiscales, climat des affaires).

“Ces réformes sont indispensables, mais elles ne suffisent pas, car le véritable enjeu pour une économie comme l’économie tunisienne, est de bâtir une société où investir devient un réflexe, où la création de la richesse est une ambition légitime et où chaque jeune tunisien perçoit l’entreprise comme une vocation, car avant d’être un flux financier, l’investissement est un état d’esprit”, a-t-il fait savoir.

Dans un message adressé aux chefs d’entreprises et aux entrepreneurs tunisiens, Nouri a estimé qu’il est primordial que le premier signal de confiance dans l’économie tunisienne vient des Tunisiens eux-mêmes.

Il a appelé les investisseurs locaux à laisser ” l’attentisme derrière eux”, car l’attentisme reflète une absence de confiance, qui, faute d’action coordonnée, peut devenir structurelle.

“Dans les périodes d’incertitude, la prudence est légitime, mais lorsque la prudence se transforme en immobilisme, elle finit par coûter à l’entreprise comme à l’économie”, a-t-il souligné

Et d’ajouter, la Tunisie est aussi un pays d’opportunités pour les investisseurs étrangers, rappelant qu’en 2025, les investissements directs étrangers ont atteint plus de 3,5 milliards de dinars, en progression de plus de 30 % sur un an, dépassant l’objectif fixé par le pays.

” Hors énergie, ces flux se sont traduits par 921 opérations et plus de 14 000 emplois créés”, a-t-il rappelé . Et d’ajouter que la Tunisie compte aujourd’hui plus de 280 unités spécialisées dans les composants automobiles, dont plusieurs hébergent désormais leurs propres centres de recherche-développement.

Les secteurs d’avenir trouvent aussi un terrain favorable, dont les énergies renouvelables, l’économie numérique, l’intelligence artificielle. Idem, les start-up constituent l’un des vecteurs les plus prometteurs de la nouvelle dynamique d’investissement , ce qui montre que la Tunisie n’exporte plus seulement des biens et des services, mais des idées, de l’innovation et des solutions technologiques, a conclu Nouri, rappelant que la Tunisie a été l’un des premiers pays africains à adopter un cadre juridique dédié aux start-up avec le Startup Act.