La garantie de la souveraineté et de la sécurité alimentaire nationales nécessite aujourd’hui de s’orienter vers l’exploitation des ressources en eau non conventionnelles, notamment, les eaux usées traitées, a indiqué le ministre de l’Agriculture, des ressources hydrauliques et de la pêche, Ezzedine Ben Cheikh.

Intervenant, lors d’une journée d’étude portant sur « la valorisation des eaux usées traitées dans le domaine de la production de fourrage pour faire face aux changements climatiques et renforcer la résilience des systèmes de production animale », Ben Cheikh a précisé que ceci n’est pas un simple choix temporaire, mais plutôt un « choix stratégique et incontournable pour assurer la durabilité des secteurs de production, protéger les moyens de subsistance des Tunisiens et mettre en place une économie agricole résiliente face aux crises ».

Il a, également, souligné que la feuille de route internationale pour l’utilisation des eaux traitées a dépassé le stade des expériences limitées. Elle est devenue un pilier fondamental et une garantie réelle pour assurer la sécurité alimentaire et faire face à la pénurie d’eau.

Le ministre a ajouté que les rapports des organisations mondiales spécialisées, notamment l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Institut international de gestion de l’eau (IWMI), confirment que le volume mondial des eaux usées est estimé à environ 380 milliards de mètres cubes par an.

D’après les mêmes données, les nouvelles approches ont permis d’irriguer plus de 20 millions d’hectares de terres agricoles à travers le monde, contribuant ainsi à la stabilité des chaînes alimentaires mondiales, a-t-il ajouté.

Aujourd’hui, les eaux traitées représentent entre 15 et plus de 25 % du total des ressources hydriques alimentant le secteur agricole dans les régions souffrant d’un stress hydrique.

Des recherches et études internationales ont prouvé que l’orientation de ces eaux vers les grandes cultures fourragères et industrielles constitue un choix sûr sur les plans sanitaire et économique, d’après le ministre de l’Agriculture.

Il a souligné que ces cultures contribuent à l’absorption des éléments nutritifs naturels présents dans les eaux traitées permettant ainsi d’augmenter entre 20 et 30% le rendement de l’hectare, par rapport à l’irrigation avec les eaux conventionnelles, et ce, parallèlement à la réduction de la dépendance aux engrais chimiques.

Ben Cheikh a estimé que cette tendance internationale « s’aligne parfaitement avec les grands choix stratégiques de la Tunisie et avec les investissements importants alloués au développement de ce secteur.

En effet, la Tunisie figure parmi les pays pionniers au niveau régional dans la mise en place d’une infrastructure d’assainissement avancée et possède un réseau important de stations de traitement qui produisent plus de 300 millions de mètres cubes d’eaux chaque année, a-t-il indiqué.

Le ministre a rappelé que la Tunisie a alloué, dans le cadre de ses plans de développement successifs et futurs, des investissements importants estimés à des centaines de millions de dinars pour la modernisation des stations de traitement actuelles et le développement de technologies de traitement tertiaire, afin d’améliorer la qualité de l’eau.

Il s’agit, également, de l’extension des périmètres publics irrigués, ainsi que l’installation des conduites pour acheminer les eaux usées traitées depuis les centres urbains vers les zones agricoles ciblées, outre l’intégration des énergies alternatives, telles que les systèmes solaires, pour réduire les coûts de pompage et de distribution et favoriser un modèle d’une « agriculture verte ».

Il a, par ailleurs, évoqué la création d’un comité de pilotage pour les projets relatifs au traitement et la valorisation des eaux usées afin de garantir la réussite des projets programmés.