
Avant le changement du 14 janvier 2011, c’était la France qui se targuait de jouir en exclusivité de ce statut. Les choses ont bel et bien changé, depuis. L’Italie, rivale classique de la France sur le dossier Tunisie, commence à s’imposer dans ce type d’échanges entre pays voisins avec cette nuance.
La France premier client de la Tunisie et l’Italie son premier fournisseur
Faisant preuve de pragmatisme, les deux pays ont décidé de se spécialiser chacun dans un secteur et de partager les rôles au lieu de se concurrencer stérilement.
Ainsi, si la France joue le rôle de premier client de la Tunisie, l’Italie préfère assumer celui de son premier fournisseur ( classement que les italiens ont occupé successivement en 2023 et en 2024).
Pour prendre comme référence les statistiques de l’année 2024, la France a représenté 21,7% des exportations vers la Tunisie, l’Italie (18,8%) et l’Allemagne (13,3%).
Quant aux principaux fournisseurs de la Tunisie, l’Italie arrive en tête avec 12% des importations), la Chine 11,3% et la France avec 10,3%.
C’est du moins si on croit les données fournies à ce sujet par l’Institut national tunisien de la statistique (INS).
Dans le détail, les exportations italiennes vers la Tunisie ont atteint, en valeur, 1,376 milliard de dinars (environ 411 millions d’euros) entre janvier et février 2024, soit une baisse de 12,8% par rapport à la même période de l’année précédente.
Malgré ce léger recul, l’Italie devance toujours ses concurrents sur le marché tunisien.
Les importations italiennes en provenance de Tunisie ont quant à elles augmenté de 9,3% pour atteindre 1,965 milliard de dinars (environ 590 millions d’euros) sur la même période.
Parmi les principaux produits exportés par l’Italie vers la Tunisie figurent les matières premières énergétiques, les métaux, les textiles, les cuirs, les équipements électriques, les matières plastiques, les moteurs, les produits chimiques et pharmaceutiques, et les machines.
De son côté, la Tunisie exporte vers l’Italie des articles d’habillement et de chaussures, des pièces automobiles, des huiles et graisses, des moteurs, des articles en plastique, des produits chimiques, des engrais, des produits sidérurgiques et du pétrole brut.
L’Italie premier pays investisseur énergétique en Tunisie
Pour mieux structurer son partenariat avec la Tunisie et lui conférer plus de visibilité, l’Italie a renforcé, ces derniers temps, son positionnement par deux grands projets structurants : le projet d’interconnexion électrique ELMED, considéré comme un axe stratégique de coopération énergétique entre l’Europe et l’Afrique du Nord. Si on ajoute le projet El Med au Transduc Mattei (transmed), l’Italie s’érige ainsi au rang de premier investisseur énergétique en Tunisie.
Il y a également le projet TANIT, financé par la partie italienne. Ce projet vise quant à lui à renforcer les partenariats dans les domaines de l’agriculture et de la gestion des ressources en eau.
La France premier pays investisseur industriel en Tunisie
Pour sa part, la France pour appuyer son positionnement de premier partenaire économique de la Tunisie, avance le poids de son off shore industriel en Tunisie, quelque 1 612 entreprises actives en Tunisie, selon les données publiées par Ambassade de France en Tunisie.
Présentant, récemment, aux médias le partenariat tuniso-français, l’ambassadrice de France en Tunisie, Anne Guéguen, a fait savoir que la France demeure « le premier investisseur en Tunisie (un stock d’IDE de 2,7 milliards d’euros en 2025, en termes de nombre de projets et d’emplois créés, de même qu’il est son premier client, étant le débouché du quart des exportations tunisiennes ».
Mieux, elle a précisé que le volume des échanges commerciaux entre les deux pays dépasse 12 milliards d’euros, avec un excédent commercial de 3 milliards d’euros en faveur de la Tunisie, qu’elle considère comme « un moteur essentiel de création de richesse et d’emplois » selon ses dires.
La diplomate a ajouté que les entreprises françaises ont poursuivi leurs investissements qualitatifs en Tunisie en 2024, en mettant l’accent sur des projets qualitatifs qui soutiennent la transformation environnementale et énergétique dans tous les gouvernorats du pays dans les domaines de l’eau, des énergies renouvelables et de l’hydrogène vert.
Par delà ces éclairages sur les engagements franco-italiens en Tunisie et sur la détermination de chacun des deux pays à s’imposer comme premier partenaire économique de la Tunisie, nous estimons de notre part que ce partenariat tuniso-franco-italien, fort des atouts de la proximité et de positionnement de la Tunisie au milieu de la méditerranée est assez solide et assez diversifié. Il est bien structuré. Il a de l’avenir devant lui abstraction faite de l’ambition de la France ou de l’Italie d’être le premier partenaire économique de la Tunisie.
ABOU SARRA
EN BREF
- Duel de leadership : France et Italie se disputent la place de premier partenaire économique via des spécialisations sectorielles distinctes.
- Répartition des rôles : La France est le premier client de la Tunisie, alors que l’Italie s’impose comme son premier fournisseur.
- L’Italie, pilier énergétique : À travers les projets ELMED et Transmed, Rome sécurise une position dominante dans l’énergie.
- L’ancrage français : La France demeure le premier investisseur industriel, avec 1 612 entreprises et une concentration sur la transition verte.
- Synergie méditerranéenne : L’économie tunisienne tire profit de cette complémentarité, renforçant sa stabilité au cœur de la Méditerranée.


