La compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) et le groupe chimique tunisien (GCT), ont affirmé lors d’une séance tenue jeudi par la Commission des finances et du budget au conseil national des régions et des districts (CNRD), que plusieurs difficultés, financières et structurelles, ont été relevées dans le secteur. Une stratégie intégrée pour le développement de la société est en cours d’élaboration, visant à porter la production de phosphate commercial à 9,4 millions de tonnes à l’horizon 2035, avec des investissements avoisinant les 2,7 milliards de dinars.
Le président directeur général de la CPG et du GCT, Omar Bouzouada, a expliqué que les différentes parties prenantes, en coordination avec la Présidence du gouvernement, œuvrent à la résolution des problèmes entravant l’évolution du secteur avec l’élaboration d’une vision réformatrice pour sa relance.
Une présentation faite à cette occasion a révélé que « la capacité de production de phosphate atteindra environ 4,5 millions de tonnes en 2026, tandis que les problèmes de transport et le manque de ressources en eau destinées au lavage du phosphate demeurent parmi les principaux obstacles affectant l’activité de la société.
Pour faire face aux multiples défis, la société a proposé une série de mesures urgentes, incluant notamment la mise en place de lignes de financement pour couvrir les besoins de trésorerie, le soutien des ressources propres via l’accélération du rythme des exportations, le rééchelonnement des dettes, la sécurisation du transport du phosphate par camions sur l’axe Redeyef/Gabès-Skhira, ainsi que le renforcement du transport ferroviaire, la garantie de la continuité de l’approvisionnement en ammonitre et la constitution d’un stock de réserve de ce produit.
Par ailleurs, la présentation relative au Groupe Chimique Tunisien a mis en évidence la place de l’institution en tant que pilier fondamental du système du phosphate en Tunisie et principal client de la Compagnie des Phosphates de Gafsa, en plus de son rôle dans l’approvisionnement du marché local en engrais à des prix préférentiels et sa contribution à la fourniture de devises.
Le Groupe est confrontée à des défis financiers croissants. Les indicateurs présentés ont notamment montré une baisse des taux d’utilisation des différentes unités de production du Groupe et une diminution des quantités de phosphate transformé, en raison de la baisse de la production de la CPG et de la crise de liquidité qui entrave l’approvisionnement en matières premières, sans oublier la vétusté des équipements et l’augmentation des pannes et des arrêts non programmés.
Les responsables du Groupe ont affirmé que le programme de restructuration repose essentiellement sur la réalisation des travaux de maintenance nécessaires, la sécurisation de l’approvisionnement en matières premières, l’amélioration de la disponibilité des unités de production, et l’accélération de la mise en œuvre du projet « Mdhilla 2 », ce qui permettrait de rétablir les équilibres financiers, d’accroître le rythme de transformation du phosphate, d’améliorer la capacité de remboursement des dettes et de restaurer la confiance des institutions bancaire.
Lors du débat, les députés ont souligné que le sauvetage de la CPG et du GCT passe par l’accélération du programme de restructuration et le renforcement de la gouvernance, compte tenu du rôle central de ce secteur dans l’économie nationale.
Plusieurs intervenants, se sont interrogés sur l’état d’avancement de la stratégie de développement de la production, tout en appelant à plus de dialogue avec les différentes parties prenantes.
Ils ont, également, soulevé plusieurs dossiers relatifs à la situation environnementale dans le gouvernorat de Gabès, à l’exploitation du projet Sraouertane dans le gouvernorat du Kef, ainsi qu’aux répercussions de l’augmentation de la masse salariale et des charges des sociétés de jardinage sur les équilibres financiers de ces deux sociétés.
Les députés ont, en outre, appelé à donner des éclaircissements sur les moyens de renouveler les équipements et d’accroître la valeur ajoutée des produits phosphatés afin de renforcer leur compétitivité sur les marchés mondiaux, tout en examinant des solutions durables à la problématique de la consommation d’eau industrielle pour le lavage du phosphate, notamment, à travers le recours aux eaux usées traitées.
En réponse, les responsables des deux sociétés ont affirmé que le secteur du phosphate constitue un moteur essentiel de l’économie nationale.
Ils ont indiqué, ainsi, que l’unification de la gouvernance entre la CPG et le GCT s’inscrit dans une nouvelle vision visant à améliorer la performance.
Les responsables ont précisé que la stratégie de la CPG vise à atteindre une production de 5 millions de tonnes en 2028, tout en œuvrant à la valorisation du phosphogypse grâce à la recherche de financements pour les projets dédiés à cet objectif.
Et de poursuivre que les exportations restent tributaires du développement de produits à forte valeur ajoutée.
À la clôture de la séance, la Commission des finances et du budget a recommandé l’adoption de mesures exceptionnelles et urgentes pour sauver la CPG et le GCT, améliorer leur situation financière en vue d’honorer leurs engagements envers les fournisseurs et rétablir la confiance des banques et des partenaires, tout en mettant en place une stratégie réaliste et adéquate pour relancer le secteur.


