L’unité médico-judiciaire (Injed) à l’hôpital universitaire Charles Nicolle a organisé jeudi, sous l’égide du ministère de la santé et en partenariat avec le projet “Sila”, un séminaire international en vue d’annoncer l’élaboration d’un projet de protocole national pour la prise en charge médicale, légale et psychologique des victimes de violence sexuelle.
Le chef du service de médecine légale de l’hôpital universitaire Charles Nicolle Mohamed Alouch, a indiqué dans une déclaration aux médias en marge du séminaire, que ce protocole s’inscrit dans le cadre d’un accord entre le ministère de la santé, représenté par le service de médecine légale de l’hôpital Charles Nicolle, l’agence belge de coopération internationale et l’agence espagnole de coopération internationale pour le développement, dans le cadre du projet “Sila” financé par l’Union européenne, qui vise à lutter contre la violence faite aux femmes et aux filles.
Ce protocole est le fruit d’un processus collaboratif qui a débuté en 2024, impliquant des médecins légistes, des psychologues et des experts dans divers domaines médicaux, en coordination avec des intervenants dans les domaines de la sécurité, de la protection de l’enfance et de la société civile.
Alouch a expliqué que l’équipe chargée de l’élaboration du protocole national a effectué des visites sur le terrain dans tous les services de médecine légale dans plusieurs régions du pays et dans les zones n’ayant pas ces services, afin de préparer un protocole national qui répond aux besoins des victimes de violence sexuelle, quelle que soit leur origine ou le lieu de l’incident.
Il a affirmé que ce protocole a pour objectif d’unifier les mécanismes de prise en charge des femmes victimes de violence sexuelle et de fournir l’assistance nécessaire à toutes les victimes sans discrimination entre les régions.
De son côté, le ministre de la santé Mustafa Ferjani, a souligné, dans son discours d’ouverture, que la Tunisie s’est engagée à mettre en œuvre les conventions internationales visant à éliminer toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, telles que la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) et les conventions relatives à la protection de l’enfance contre les abus et l’exploitation sexuelle.
Il a précisé que la prise en charge des victimes d’exploitation sexuelle nécessite une approche scientifique globale qui ne se limite pas aux interventions médicales isolées, mais se base sur la complémentarité entre les différents aspects de prise en charge pour garantir un accompagnement efficace des victimes.
Il a indiqué que ce protocole est basé sur l’accueil de la victime, l’examen médical, l’assistance sanitaire, la collecte de preuves et garantit la possibilité de faire le suivi des preuves, outre la protection d’urgence et l’accompagnement social pour faciliter l’accès à la justice.
Le ministre a insisté sur le fait que chaque détail est important lorsqu’il s’agit de violence faite aux femmes, y compris le respect du consentement de la victime, la confidentialité, l’accès aux services de santé de qualité, la préservation des preuves, la formation des professionnels de santé, et la coordination entre les différents intervenants.
Il a souligné que ce protocole ne constitue pas simplement un document technique, mais un cadre national de référence visant à unifier les pratiques, à renforcer les services d’intervention, et à garantir le droit d’accès à la justice dans le cadre des mécanismes de prise en charge, quelle que soit la région où la victime a subi l’agression.
Ferjani a noté que les services de médecine légale se distinguent par la qualité des services offerts par les médecins et les professionnels de santé, louant leur compétence et leur engagement envers les citoyens.
Il a souligné que la médecine légale ne doit pas opter uniquement pour une approche médicale dans les cas de violence sexuelle faite aux femmes, mais s’appuyer sur des approches basées sur le droit qui tiennent compte des spécificités de ce genre de violence, précisant que l’assistance psychologique n’est pas un élément complémentaire, mais constitue une partie essentielle du processus de prise en charge des victimes de violence sexuelle.
Le ministre de la santé a indiqué que la violence sexuelle a des effets psychologiques et physiques profonds, qui peuvent être invisibles et durables, nécessitant une prise en charge qui prend en compte les traumatismes et les spécificités des victimes pour garantir leur dignité.
A noter que le projet “Sila” de lutte contre la violence basée sur le genre en Tunisie est financé conjointement par l’Union européenne dans le cadre du programme de soutien à l’inclusion sociale. Il est mis en œuvre en partenariat avec l’agence belge de coopération internationale, l’agence espagnole de coopération internationale pour le développement, le ministère de la famille, de la femme, de l’enfance et des personnes âgées, l’observatoire national de lutte contre la violence à l’égard des femmes, l’office national de la famille et de la population et l’unité médico -judiciaire de l’hôpital Charles Nicolle.
Ce projet adopte une approche globale axée sur les droits de l’homme, reliant prévention, prise en charge, coordination et développement des normes sociales, soutenu par les institutions publiques et les composantes de la société civile.
Il convient de rappeler que les travaux du séminaire international pour l’élaboration du protocole national de prise en charge médicale, légale et psychologique des victimes de violence sexuelle se poursuivront les 18 et 19 juin 2026 à Tunis.


