Du sucre blanc, des moules en bois, des doigts habiles. Chaque année, à l’approche du nouvel an hégérien, Nabeul renoue avec ses poupées en sucre — ces figurines confisées, héritées des ancêtres, qui trônent au cœur du « Methred » (grande assiette artisanale en poterie), résumant à elles seules l’identité sucrée d’une région entière.

La tradition anime le commerce local. Boutiques et étals débordent de fruits secs, de douceurs et de poupées en sucre soigneusement emballées.

Les familles de Nabeul achètent, offrent et exposent. Mériam, 19 ans, fille d’un confiseur, est formelle : « Impossible d’accueillir le nouvel an sans elles. Un jeune fiancé en offre une grande à sa future épouse — c’est un vœu de bonheur, une promesse sucrée. ».

Elle note que la fabrication se réinvente : figurines en chocolat, formes inédites, créations pensées pour les enfants. La tradition se modernise sans se trahir.

Vendeur de longue date, Abdelkader Beyoudh, quant à lui, dévoile sa recette fétiche : sucre, eau et essence de citron portés à ébullition, coulés en moules, séchés, décorés de couleurs vives, puis protégés d’un film aluminium. En tout, Trois phases, beaucoup de patience et un savoir-faire trempé dans l’encrier de l’authenticité infaillible.

L’artisane Chahida Boufayed, elle pointe les obstacles : pénurie de sucre et recul des ventes de fruits secs dû à l’envolée des prix. Et pourtant, les artisans tiennent, la tradition résiste, confie-t-elle.

Le président de l’Association de sauvegarde de la médina de Nabeul, Zouheir Belamine, annonce : « Dar Nabeul » ouvre ses portes le 16 juin pour des ateliers vivants dédiés à la fabrication des poupées en sucre et à la découverte du plat culte du couscous traditionnel du nouvel an, deux emblèmes du Cap Bon à portée de main.