À l’approche de la Coupe du monde 2026, la sélection tunisienne s’appuie sur une composante devenue incontournable de son effectif : les joueurs binationaux. Quatorze éléments issus de la diaspora figurent dans le groupe des Aigles de Carthage appelés à défendre les couleurs nationales lors du tournoi organisé du 11 juin au 19 juillet au Canada, aux États-Unis et au Mexique.

Nés en France, en Allemagne, en Espagne, en Suède, au Danemark, en Norvège ou encore au Canada, ces joueurs incarnent aujourd’hui une part importante du projet sportif tunisien. Leur objectif commun est d’aider la sélection à franchir un cap historique en atteignant le deuxième tour de la compétition.

 Une présence dans tous les secteurs du jeu

La contribution des binationaux s’étend à l’ensemble des lignes de l’équipe. En défense, Dylan Bronn, Montassar Talbi et Yan Valery apportent leur expérience acquise dans les centres de formation français. Omar Rekik et Moataz Naffeti complètent ce secteur après des parcours développés respectivement aux Pays-Bas et en Suède.

Au milieu de terrain, Elyes Skhiri, Hannibal Mejbri, Ismael Gharbi, Anis Ben Slimane et Rani Khedira représentent différents modèles de formation européenne.

L’attaque s’appuie également sur plusieurs profils issus de la diaspora, notamment Elias Achouri, Elias Saad, Sebastian Tounekti et Rayene Elloumi.

Une évolution de la notion d’appartenance

Pour le sociologue Mohamed Jouili, professeur à l’Université de Tunis, le recours croissant aux joueurs binationaux dépasse largement le cadre sportif. Il traduit une évolution de la notion d’appartenance dans un contexte marqué par la mondialisation des parcours individuels.

Selon lui, l’équipe nationale a longtemps été perçue comme une représentation directe de l’identité nationale, composée principalement de joueurs ayant grandi en Tunisie et suivi tout leur parcours de formation dans le pays.

L’arrivée de joueurs issus de la diaspora a parfois suscité des interrogations au sein d’une partie du public, notamment lorsque certains évoluaient dans des environnements culturels et linguistiques différents.

Une politique engagée depuis le début des années 2000

Mohamed Jouili situe le développement de cette orientation à partir de l’arrivée de Roger Lemerre à la tête de la sélection en 2002. Cette stratégie s’est notamment illustrée lors du sacre continental de 2004 grâce à l’apport de plusieurs joueurs formés à l’étranger.

Depuis, cette politique est devenue une composante durable du football tunisien. Les Coupes du monde 2018 et 2022 ont confirmé cette tendance avec la présence de nombreux joueurs issus de la diaspora.

Selon le sociologue, les performances sportives et l’engagement affiché sous le maillot national ont progressivement modifié le regard des supporters. Plusieurs binationaux sont ainsi devenus des figures appréciées du public, à l’image d’Hannibal Mejbri.

À l’approche du Mondial 2026, la Tunisie mise sur la complémentarité entre joueurs formés localement et talents de la diaspora pour tenter de franchir un nouveau palier sur la scène internationale.