
Cette fois ci, ce sont les chercheurs qui ont mis à profit, la célébration, le 12 mai 2026, de la Journée nationale de l’Agriculture et de la Journée mondiale de la santé des végétaux pour faire prévaloir leurs thèses.
Intervenant sur les ondes de la radio nationale, El Watania 1, Mondher Ben Salem, directeur de l’Institut National de la Recherche Agronomique de Tunisie (INRAT), a été catégorique sur ce sujet.
Il a déclaré que la recherche scientifique constitue la voie du salut pour l’agriculture tunisienne et que l’enjeu réside, selon lui, dans l’effort à fournir pour adapter les semences du pays dans l’ultime objectif de garantir l’autosuffisance face à la déréglementation climatique à laquelle la Tunisie est fortement exposée.
Il a ajouté que l’INRAT, institution forte d’une expertise séculaire, constitue l’un des piliers de la stratégie suivie dans le pays pour améliorer le rendement des céréales et des légumineuses. A preuve, a-t-il noté, l’Institut a développé, à lui seul, près de 120 variétés de céréales et 25 types de légumineuses alimentaires.
Il a fait une mention spéciale pour la mise au point, en 2025, par l’Institut d’une variété de céréales porteuse. Dénommée « Nejm », cette nouvelle variété de blé dur, inscrite au registre officiel en janvier 2026, est le fruit de huit années de recherche.
Il a tenu, néanmoins, à préciser qu’il faudra encore patienter dix à quinze ans pour une production industrielle à grande échelle, « le temps de valider tous les protocoles de multiplication », a-t-il dit.
Le patrimoine génétique sans progrès ne nourrit pas la population
Traitant des éternelles réserves observées par les céréaliers conservateurs tunisiens à l’endroit de la modification des graines originelles, le directeur de l’INRAT, Mondher Ben Salem a apporté deux précisions scientifiques majeures.
La première serait une erreur commise par les céréaliers conservateurs, celle de confondre amélioration génétique et fabrication artificielle. D’après lui, ce que fait la recherche consiste essentiellement à optimiser la semence naturelle et non pas à la modifier.
Le principe selon lui est simple : «chaque nouvelle variété doit être supérieure à la précédente en termes de qualité et de rentabilité».
La deuxième précision est destinée à rassurer les céréaliers récalcitrants. Mondher Ben Salem a rappelé, à leur intention, cette vérité : les semences autochtones ne disparaissent pas par l’effet de la recherche et et son corollaire, l’amélioration-modification.
« Elles servent de ‘’semences matrices (mères)’’a-t-il dit avant d’ajouter : «le rôle de la recherche est d’en préserver les qualités intrinsèques tout en y introduisant des gènes de résistance ».
Il a cité, à ce sujet un chiffre édifiant : « 80 % des semences vendues en Tunisie sont des variétés locales développées par l’INRAT ». L’objectif recherché est multiple: « répondre au double impératif de résistance et de rendement et créer des variétés capables de survivre au stress hydrique et aux nouvelles maladies, comme la rouille, tout en garantissant une productivité que les semences anciennes ne peuvent plus assurer seules face aux besoins croissants de la population ».
Comprendre au final: la perception négative qu’ont des céréaliers conservateurs des céréales améliorées, confondues à tort , avec des organismes stériles ou appauvris nutritionnellement, n’est pas logique, et ce pour une raison simple.
Les semences traditionnelles, prisées par les céréaliers conservateurs lesquelles les utilisent pour préparer des mets traditionnels (couscous, M’hamsa) ont un usage économique limité. Ils présentent l’handicap majeur de ne pas pouvoir nourrir ni en qualité ni en quantité une population sans cesse croissante.
En conclusion le directeur de l’INRAT plaide pour un partenariat entre exploitants agricoles et institutions de recherche. Le défi résiderait en conséquence dans « la réconciliation du consommateur avec une innovation perçue, à tort ou à raison, comme s’éloignant de l’authenticité biologique ».
Abou SARRA
EN BREF
- Le constat : L’INRAT affirme que la recherche scientifique est la seule « voie du salut » pour assurer l’autosuffisance alimentaire de la Tunisie face au changement climatique.
- L’innovation : Homologation en janvier 2026 de « Nejm », une nouvelle variété de blé dur résiliente, nécessitant encore 10 à 15 ans de développement industriel.
- La réalité du marché : 80 % des semences céréalières actuellement commercialisées en Tunisie sont des variétés locales améliorées par l’INRAT.
- La clarification technique : L’amélioration génétique n’est pas une fabrication artificielle ; les semences autochtones servent de « semences mères » pour y intégrer des gènes de résistance (stress hydrique, rouille).
- L’enjeu critique : Les semences traditionnelles ont un usage économique trop limité et ne peuvent plus répondre aux besoins quantitatifs et qualitatifs de la population.


