
La viande ovine roumaine commercialisée illégalement en Tunisie provient de réseaux de contrebande transitant par un pays voisin. Cette situation découle du gel des réformes sectorielles, notamment le décret 2605 qui devrait plafonner la viande importée à 38,200 DT/kg, et l’inexécution de la loi d’identification du cheptel de 2015.
L’alerte parlementaire : De la viande roumaine de contrebande sur les étals
La crise des viandes rouges en Tunisie vient de franchir un nouveau palier critique. Ce jeudi, en marge d’une audition parlementaire cruciale réunissant l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (UTAP) et la CONECT, le président de la Commission de l’agriculture, Hassan Jerboui, a officiellement dénoncé l’introduction illégale de viande ovine d’origine roumaine sur les marchés locaux.
Ce bétail européen, introduit clandestinement via les frontières poreuses d’un pays voisin, s’infiltre directement dans les circuits de distribution tunisiens. Pour le député, cette situation ne représente pas seulement une faille sécuritaire et douanière, elle pose également un risque sanitaire et économique direct pour un secteur déjà exsangue. Face à cette concurrence déloyale et incontrôlée, le Parlement qualifie la conjoncture d’urgence absolue, exigeant une intervention étatique immédiate pour stopper l’hémorragie.
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L’arsenal réglementaire bloqué : Le décret 2605 et la loi de 2015 restés lettres mortes
Au-delà du constat sécuritaire, l’analyse des textes législatifs révèle un blocage administratif paralysant. Hassan Jerboui a vivement fustigé l’inaction des pouvoirs publics concernant l’application des mécanismes de régulation existants.
Le premier levier identifié est le décret n°2605, un texte prévoyant un avantage incitatif de 5 % pour encourager les opérateurs privés à importer de la viande ovine. L’application stricte de ce décret permettrait d’injecter sur le marché de la viande de qualité au tarif ciblé de 38,200 dinars le kilogramme, ou de proposer des moutons de sacrifice de 50 kg au prix de 60 dinars le kilogramme (poids vif).
Le second point de friction réside dans l’abandon de la loi n°95 de 2015. Ce texte capital, dédié à l’identification nationale et à la restructuration globale du cheptel tunisien, est resté lettre morte depuis plus d’une décennie. Faute de traçabilité et de puces d’identification pour le bétail, l’État s’avère incapable de cartographier ses ressources ovinés, de planifier les stratégies d’engraissement et de lutter efficacement contre le vol ou la contrebande transfrontalière.
Responsabilités politiques : Le cri d’alarme face à la détresse de l’Aïd
Alors que la pression sur les budgets des ménages tunisiens s’intensifie à l’approche du rituel de l’Aïd, le Parlement refuse désormais de se contenter de solutions provisoires ou d’effets d’annonce. La Commission de l’agriculture a explicitement désigné les ministères de l’Agriculture et du Commerce comme les principaux responsables de l’aggravation continue de la crise des moutons de sacrifice.
L’absence de coordination interministérielle et le retard pris dans le déploiement des quotas d’importation légaux créent une pénurie artificielle, propice à la spéculation et à l’essor des réseaux de contrebande. Pour les législateurs, seule une transition immédiate vers des réformes structurelles profondes permettra de restaurer la souveraineté alimentaire de la Tunisie et de garantir l’accès des citoyens à des produits agricoles à des prix préférentiels.
EN BREF
- Contrebande identifiée : De la viande ovine d’origine roumaine est actuellement commercialisée illégalement en Tunisie, introduite clandestinement via un pays voisin.
- Urgence parlementaire : Hassan Jerboui, président de la Commission de l’agriculture, exige une intervention immédiate face à une crise sectorielle devenue systémique.
- Blocage du Décret 2605 : L’absence d’application de ce décret prive le marché de viande importée légalement au tarif cible de 38,200 DT/kg.
- Loi de 2015 ignorée : La loi relative à l’identification et à la restructuration du cheptel reste inappliquée, empêchant toute traçabilité du bétail tunisien.
- Responsabilité ministérielle : Le Parlement pointe directement la faillite des ministères de l’Agriculture et du Commerce dans la gestion de la crise de l’Aïd.


