
Un levier souverain face au défi de l’employabilité
L’examen par l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) de l’accord de prêt avec la BAD marque une étape décisive. Signé en septembre 2024, ce financement de 90 millions d’euros (environ 303,3 millions de dinars) n’est pas une simple injection de liquidités. Il s’agit du carburant financier du programme « CAP Emplois », une stratégie multidimensionnelle visant à briser le plafond de verre de l’entrepreneuriat tunisien. Avec un remboursement étalé sur 24 ans et une grâce de huit ans, la Tunisie s’offre l’oxygène nécessaire pour réformer son marché du travail sans asphyxier ses finances publiques à court terme.
Le capital humain au cœur de la compétitivité
Le premier axe du projet (14 millions d’euros) s’attaque au divorce persistant entre la formation et les besoins du marché. En mobilisant l’ANETI et la Tunisia Investment Authority (TIA), le programme vise la formation de 20.000 chercheurs d’emploi. L’objectif est chirurgical : garantir l’insertion de 10.000 bénéficiaires, avec une parité stricte de 50 % de femmes. Cette approche par “compétences prioritaires” signale une volonté de l’État de ne plus subir la demande privée, mais de la devancer par une offre de main-d’œuvre hautement qualifiée.
De l’informel à la TPE : Le chantier de la formalisation
C’est le cœur du réacteur : 77,3 millions d’euros sont dédiés à l’autonomisation économique. Ici, le programme CAP Emplois ambitionne d’accompagner 20.000 entrepreneurs tout en s’attaquant au tabou de l’économie informelle. En proposant des prêts d’honneur et un appui spécifique à 10.000 acteurs du secteur “gris”, la Tunisie cherche à élargir son assiette fiscale et sociale. L’objectif de créer 118.900 emplois formels d’ici 2028 repose sur cette capacité à transformer l’activité précaire en entreprises structurées et bancables.


