
Le militant écologiste a révélé avoir pris connaissance de ce projet par le biais d’une vidéo de 4 minutes diffusée par un cabinet d’études international dans le cadre d’un séminaire international sur l’adaptation de l’écosystème forestier, séminaire auquel deux ministres tunisiens étaient en principe invités mais n’y avaient pas participé. Il s’agit des ministres de l’agriculture et de l’environnement.
Pour mémoire, de quoi s’agit il ?
Au commencement de ce projet, une idée d’un ingénieur militaire et topographe français François Elie Roudaire. À la fin du XIXe siècle, cet ingénieur, chargé à l’époque d’effectuer des relevés dans les territoires conquis par la France découvre des grandes dépressions salées à l’est de l’Algérie (chott algérien), proches de la frontière tunisienne.
Cette découverte le pousse à imaginer un méga-projet: créer une mer intérieure, un immense bassin d’eau (17 fois la superficie du lac de Genève) en reliant la Méditerranée (Golfe de Gabès) aux déserts du Sahara algérien.
Objectif : fertiliser, après le dessalement de l’eau de mer, de vastes étendues désertiques et changer radicalement le climat des régions avoisinantes.
Morale de l’histoire : Roudaire a vu dans son projet un moyen d’améliorer le climat, mais aussi de transformer une partie de l’Afrique en une nouvelle région prospère, au service des intérêts européens.
Soumis, à l’époque, au gouvernement français, le projet a été rejeté pour une raison socio économique simple : la rentabilité économique du projet ne serait pas garantie et son impact social sur les populations locales serait catastrophique en ce sens où leurs terres agricoles risquent d’être noyées.
Qui serait intéressé, aujourd’hui, par l’idée de Roudaine ?
Au final, cette idée, bien qu’elle ait été enterrée avec la mort de Roudaine en 1885 refait de temps en temps surface. La vidéo dont parle le militant écologiste Abdelmajid Dabbar en est une illustration. La nouveauté apportée par cette vidéo, œuvre d’un cabinet international, réside dans le fait qu’elle n’évoque pas une simple idée d’un visionnaire (Roudaine) mais va plus loin. Elle fait état d’un projet de faisabilité technico économique, en bonne et due forme, d’un canal entre le golfe de Gabès (Zone de oudhref) et le Sahara algérien.
D’après Abdelamajid Dabbar , ce projet de canal, tel qu’il est présente dans la vidéo, aura une longueur de 230 kms, une largeur de 60 mètres et une profondeur de 15 mètres. L’étude n’a pas oublié le coût. Il est estimé à 19,4 milliards de dollars.
Ce canal aurait un impact catastrophique sur la Tunisie
Abstraction faite de ces détails, le militant écologiste s’est interrogé sur l’identité et les véritables intentions des commanditaires de cette étude et a relevé que ce projet, pour peu qu’il soit réalisé, va avoir des impacts multiformes et catastrophiques sur la partie tunisienne.
Sur le plan aménagement du territoire, il risque de noyer 15 mille kms de terres, soit 5 fois la superficie d’une région comme le Cap Bon ( 2025 km2) avec comme corollaires : la disparition des oasis, l’accroissement de la salinité des nappes souterraines (phréatique et profonde) et de la désertification.
Au rayon social, ce canal, si jamais il est réalisé, risque selon Abdelmajid Dabbar de provoquer un immense exode des populations actuelles vers d’autres zones plus hospitalières.
Néanmoins, de par sa connaissance du terrain, l’écologiste doute de la possibilité de mettre un tel projet en raison d’obstacles géologiques.
A titre indicatif compte tenu du fait que les chotts algériens sont bien sous le niveau de la mer, le chott el-Jerid en Tunisie est, lui, situé au-dessus. Il y a là une difficulté énorme dans la mesure où on ne peut acheminer, en pente montante, l’eau de la Méditerranée dans cette zone.
Par ailleurs, il a cité une autre difficulté : les sols autour de Gabès se révèlent bien moins favorables à la construction d’un canal que prévu.
Au final, en se référant aux assurances fournies par l’écologiste quant aux difficultés de réaliser ce projet colossal et en tenant compte des tentatives de le réactiver par des forces occultes, nous pensons que, dans tous les cas, la Tunisie a tout intérêt à faire preuve d’extrême vigilance et de suivre de près le dossier. Il y va de notre sécurité nationale. A bon entendeur !!!
Abou SARRA
EN BREF
- Alerte écologique : Abdelmajid Dabbar (ATE) dénonce la réactivation du projet colonial de “mer intérieure” au Sahara.
- Infrastructure : Un canal de 230 km entre Gabès et l’Algérie pour un coût estimé à 19,4 milliards de dollars.
- Risque territorial : Menace d’immersion de 15 000 km² de terres tunisiennes, soit 5 fois la taille du Cap Bon.
- Dégâts collatéraux : Disparition des oasis, salinisation des nappes et exode forcé des populations.
- Sécurité Nationale : Un projet jugé techniquement douteux mais nécessitant une surveillance stratégique de l’État.


