“Formation professionnelle et mobilité internationale : structurer la coopération Tunisie-France”, tel est le thème de la 3ème Journée de réflexion sur l’entreprise de demain en Tunisie organisée, ce mardi à Tunis, à l’initiative de la Chambre de Commerce et d’Industrie Tuniso Française (CCITF) en collaboration avec le ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle.

“La rencontre s’inscrit dans le cadre des efforts visant à renforcer le dialogue entre les secteurs public et privé autour du développement du système de formation professionnelle et de son adéquation avec les besoins du marché du travail”, a souligné Jihène Gaza, chargée de la gestion du cabinet du ministère de l’Emploi et de la Formation Professionnelle à l’ouverture des travaux.

Elle a, en outre, indiqué que le ministère œuvre à introduire des réformes et des améliorations dans le système de formation professionnelle à travers la mise en place de mécanismes permettant aux jeunes Tunisiens d’acquérir les compétences nécessaires pour s’intégrer aussi bien sur le marché du travail national qu’international.

Pour sa part, le président de la CCITF, Khelil Chaïbi, a annoncé la signature prochaine d’un accord de coopération entre la Chambre et le ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle pour développer le système de formation professionnelle et l’adapter aux besoins des entreprises.

Il a précisé que cette rencontre s’inscrit dans une série de consultations organisées par la Chambre afin de contribuer au lancement d’un dialogue participatif sur les moyens de renforcer la compétitivité des entreprises tunisiennes.

“En effet, dans un contexte marqué par un taux de chômage élevé et une inadéquation entre les formations disponibles et les besoins réels du marché, le développement du capital humain apparaît comme une priorité nationale”, a-t-il soutenu.

Il a, en outre, souligné que la valorisation de la formation professionnelle, longtemps reléguée au second plan, devient aujourd’hui un levier essentiel pour renforcer l’employabilité, répondre aux besoins des entreprises et soutenir la compétitivité de l’économie tunisienne.

Parallèlement, la mobilité internationale et circulaire ouvre de nouvelles perspectives puisqu’elle favorise le transfert de compétences, l’enrichissement des parcours professionnels et la création de passerelles entre les marchés du travail tunisien et étranger.

Selon Chaïbi, ces dynamiques complémentaires invitent à repenser les politiques de formation et d’insertion, afin d’offrir aux jeunes et aux actifs de véritables opportunités d’évolution et de réussite, en phase avec les mutations du monde du travail.

Il a, par ailleurs, fait savoir que les travaux de cette journée s’articulent autour de trois axes principaux à savoir, le capital humain et la formation professionnelle : piliers de lutte contre le chômage en Tunisie ; l’adéquation formation -emploi face aux standards internationaux, et les enjeux et défis des mobilités internationale et circulaire.

Il a, dans ce sens, souligné la nécessité de ne pas considérer la migration circulaire internationale comme une “fuite des cerveaux”, estimant qu’elle représente une opportunité de circulation des connaissances, des compétences et des expertises.

Il a également souligné que la coopération tuniso-française offre un cadre propice au développement d’une coopération équilibrée dans les domaines de la formation professionnelle, de l’emploi et de l’investissement.

De son côté, l’ambassadrice de France en Tunisie, Anne Guéguen, a déclaré que le développement du capital humain et l’amélioration du système de formation professionnelle en Tunisie constituent un axe essentiel de la coopération tuniso-française, afin de préparer des compétences capables de s’intégrer au marché du travail.

Elle a expliqué que la coopération française avec la Tunisie s’articule autour de trois niveaux principaux, à commencer par le secteur de l’éducation, où la France ambitionne de doubler le nombre d’élèves scolarisés dans les établissements français à travers le monde.

Elle a, dans ce cadre, fait savoir que le nombre d’élèves inscrits dans les établissements français homologués en Tunisie est passé de 10 mille à près de 19 mille actuellement, répartis sur environ 60 établissements agréés par le ministère de l’Éducation.

Dans le domaine de la formation universitaire et professionnelle, l’ambassadrice a précisé que l’Agence française de développement soutient les Instituts supérieurs des études technologiques en partenariat avec l’Union européenne.

Elle a ajouté que cette coopération a permis la création de dix centres technologiques “Elife” dans plusieurs régions, notamment à Tataouine et Kairouan, afin de renforcer l’employabilité des diplômés de l’enseignement supérieur dans les domaines de la technologie et de l’économie numérique.

Les centres “Elife” sont des espaces technologiques destinés principalement aux jeunes et aux diplômés de l’enseignement supérieur. Ils visent à renforcer les compétences numériques et à améliorer l’employabilité dans les secteurs de la technologie et de l’économie numérique, notamment dans les régions de l’intérieur du pays.

L’ambassadrice a également évoqué la coopération en matière de “l’École de la deuxième chance” destinée aux jeunes âgés de 18 à 35 ans, afin de lutter contre le décrochage scolaire et de réinsérer les jeunes ayant quitté l’école sans qualifications académiques ou professionnelles.

Elle a par ailleurs révélé l’existence d’un projet supervisé par l’Agence française de développement, d’une valeur de 30 millions d’euros, dont 17 millions financés par l’Union européenne, visant à moderniser les centres de formation aux métiers du tourisme à Sousse, Monastir, Tozeur et Aïn Draham (gouvernorat de Jendouba).

Elle a aussi cité un autre projet de 7 millions d’euros mis en œuvre par l’agence française d’expertise technique internationale « Expertise France », destiné à soutenir la formation professionnelle dans le domaine de la mécanique générale et à améliorer l’employabilité des diplômés de cette spécialité.

Concernant la migration circulaire, l’ambassadrice française a indiqué que cette approche permet aux travailleurs tunisiens d’acquérir une expérience professionnelle en France avant de revenir en Tunisie avec des compétences renforcées favorisant leur intégration sur le marché du travail national.

A rappeler que le directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, Didier Leschi, a récemment annoncé qu’environ 2 500 jeunes Tunisiens devraient rejoindre la France pour y travailler d’ici 2029, dans le cadre de la deuxième phase du projet THAMM+ consacré à la gestion de la migration et à la mobilité des travailleurs en Afrique du Nord.