Les artistes Imed Amara et Zied Zouari ont présenté lundi le spectacle « Waddouni » sur la place d’El Halfaouine, à l’occasion de la cinquième soirée de la quatrième édition des « Tajalliyat El Halfaouine » (Illuminations d’El Halfaouine), manifestation artistique organisée à l’occasion du Ramadan, au cœur de la médina de Tunis.

Accompagnés par la Troupe nationale des arts populaires, les deux artistes ont offert au public une fresque scénique mêlant musique, danse et mémoire populaire. Malgré une pluie persistante, les spectateurs ont répondu présents à cet avant-dernier rendez-vous, suivant avec ferveur une création où patrimoine musical tunisien et écritures contemporaines se répondent.

Produit initialement par le Théâtre de l’Opéra de Tunis pour le soixantième anniversaire de la Troupe nationale des arts populaires célébré en février 2023, le spectacle renaît près de trois ans plus tard dans une forme repensée pour l’espace public et le large auditoire.

L’œuvre puise dans une chanson traditionnelle de l’île de Kerkennah, près de Sfax, portant le même titre. La trame musicale en avait été revisitée par Zied Zouari en 2020, durant la pandémie de Covid-19, avant d’évoluer vers une création scénique complète.

Cette représentation constitue à la fois la première programmation du projet dans le cadre des « Tajalliyat El Halfaouine » et sa première sortie hors des espaces de la Cité de la culture à Tunis.

À l’origine diffusé sous une première version sur les réseaux sociaux, le projet s’est enrichi d’une dimension chorégraphique à l’initiative d’Imed Amara, maître du ballet des arts populaires.

Conçu à distance durant la crise sanitaire, il s’est progressivement structuré en un spectacle total conjuguant geste, son et image.

La création explore les thèmes du voyage, de l’exil, de la nostalgie et de l’attachement à la patrie. Cette dimension narrative est portée par des séquences poétiques interprétées par la danseuse principale Chaima Ouni, à partir de textes évoquant l’amour du pays et le sentiment d’appartenance.

Sur le plan artistique, l’un des enjeux majeurs résidait dans l’équilibre entre partition musicale et écriture chorégraphique. Le tempo s’est construit dans un dialogue constant avec les danseurs, le violon de Zied Zouari ajustant ses inflexions au rythme des corps en mouvement.

Le spectacle tisse ainsi des passerelles entre expressions du folklore tunisien — notamment celles des îles de Djerba et Kerkennah — et sonorités contemporaines, dans une démarche visant à rapprocher le patrimoine des sensibilités actuelles sans en altérer l’essence.

Le violoniste y déploie un jeu aux frontières des genres, convoquant des réminiscences du mezoued et de la gasba tout en dialoguant avec des formations modernes, dont un combo rock, esquissant une synthèse musicale à l’identité résolument tunisienne.

La seconde partie de la soirée a été assurée par Nidhal Yahyaoui, qui a présenté un spectacle issu d’un projet en phase d’expérimentation consacré à la relecture contemporaine de la chanson tunisienne.

Selon l’artiste, cette démarche s’appuie sur plusieurs patrimoines instrumentaux traditionnels — gasba, zokra, tambour et guembri — tout en intégrant des formes telles que le malouf et le chant soufi. Plusieurs extraits du projet, désormais en phase finale de développement, ont été dévoilés au public.

Nidhal Yahyaoui a également interprété des titres du répertoire populaire largement repris par l’assistance, dont « Lasmar Khouya ».

Organisées par le Théâtre national tunisien sous l’égide du ministère des Affaires culturelles, les « Tajalliyat El Halfaouine » se poursuivent jusqu’au 10 mars avec une programmation pluridisciplinaire mêlant théâtre, arts de la scène, musique et spectacles d’animation.

La quatrième édition de la manifestation Illuminations d’El Halfaouine se tient du 5 au 10 mars 2026 sur la place El Halfaouine, dans la Médina de Tunis.