Le vernissage de la 16e édition du Mois national des arts plastiques a été donné samedi soir à la Maison des Arts du Belvédère, où 87 œuvres sont exposées, inscrites dans un programme national totalisant près de 200 artistes et 360 nouvelles créations sélectionnées à travers les différentes régions du pays.

Peinture, sculpture, céramique et photographie composent une sélection éclectique, reflet d’une scène artistique nationale marquée par une volonté de décentralisation. Si la thématique est libre, plusieurs œuvres s’inscrivent dans des registres dominés par la question du patrimoine et par des préoccupations liées à l’humain, tandis que persistent des interrogations sur la valorisation des œuvres acquises par l’État.

Le mois national des arts plastiques est organisé par l’Union des artistes plasticiens tunisiens (UAPT) sous l’égide du ministère des affaires culturelles. Ouverte jusqu’au 15 mars, cette première exposition donne le coup d’envoi d’un programme qui se déploiera également au Palais Kheireddine (7 mars), à la galerie des Arts Ben Arous (11 mars) et à la Galerie Yahia (14 mars).

L’espace culturel municipal Sainte-Croix, habituellement associé à la manifestation, ne figure pas dans l’édition 2026.

Selon le commissaire de l’exposition et Secrétaire général de l’UAPT, Nizar Meghdiche, « quatre expositions sont au programme du Mois national des arts plastiques », précisant que « près de 200 artistes plasticiens issus de tous les gouvernorats et 360 œuvres ont été sélectionnées pour cette édition à thématique libre, avec l’ambition de présenter la richesse et la variété de la scène artistique en Tunisie ».

A la Maison des Arts, 87 Å“uvres ont été retenues, chaque artiste présentant une seule pièce. « L’idée est de refléter la pratique plastique de chacun et d’enrichir l’expérience à travers la rencontre avec d’autres artistes », a-t-il indiqué, dans une déclaration à l’agence TAP.

Megdiche a souligné que la sélection a été assurée par des jurys régionaux répartis sur coordinations, dans une optique de « renforcer la présence de ces structures dans toutes les régions et de rapprocher les artistes des lieux d’exposition ».

Le Mois national des arts plastiques, rendez-vous annuel de l’UAPT fondée en 1968, rassemble des artistes confirmés, émergents et de jeunes diplômés des beaux arts issus de diverses disciplines. Parmi les participants à l’exposition inaugurale figurent notamment Hédi Zaouia, Mohamed Melki, Anouar Ghdamssi, Abdelwaheb Cherni, Faouzia Hichri, Karim Kamoun, Majdi Jaziri et Chaima Ben Slimene.

Dans les salles, les œuvres explorent une pluralité de médiums et de techniques. Hédi Zaouia, artiste plasticien originaire de Sousse, présente « Cri de l’innocence », un travail au crayon sur tissu (100 x 70 cm), réalisé en cinq semaines.

L’œuvre met en scène des figures humaines dans un décor de ruines. « C’est un appel à mettre fin aux guerres, où les premières victimes sont les enfants », a-t-il déclaré, ajoutant que le symbole central renvoie à « une humanité qui, une fois perdue, signifierait la fin de tout ».

Actif depuis le milieu des années 1970, l’artiste affirme se consacrer désormais à cette technique exigeante, avec l’ambition de préparer une exposition thématique centrée sur « l’humain et les libertés ».

Le sculpteur Majdi Jaziri, diplômé des Beaux-Arts et installé à Tunis, expose pour sa part « Expressions », un buste en technique mixte (54 x 26 x 24 cm) présentant deux visages d’un même personnage, aux expressions contrastées. « Certains y voient une personnalité à double face, d’autres un symbole de l’hypocrisie humaine », explique-t-il, estimant toutefois que la scénographie « ne permet pas de montrer toute la dimension tridimensionnelle de l’œuvre ».

Membre de l’Union depuis 2006, Jaziri, originaire de Gabès, observe que « les œuvres exposées étaient généralement de meilleure qualité avant 2011 », notant un « déclin après la révolution, puis une reprise à partir de 2016, avec des travaux remarquables même si certaines œuvres manquent encore de maturité ».

Au-delà de l’exposition-vente, plusieurs artistes ont exprimé le souhait de voir leurs œuvres intégrer les collections publiques pour être exposées, et non « rester dans les dépôts où logent une large partie des acquisitions ». Un appel a été lancé au ministère afin de « sauvegarder ce trésor du patrimoine artistique ».

Certains regrettent également l’absence de représentants gouvernementaux de haut rang lors du vernissage, rappelant qu’« autrefois, la présence de ministres de la Culture donnait une importance particulière à cette exposition annuelle majeure ».

Si la capitale concentre l’essentiel des espaces d’exposition, des artistes issus de régions comme Sousse ou Gabès plaident pour un renforcement de l’action culturelle régionale. « La scène artistique demeure dépendante de Tunis, ce qui contraint les artistes des régions à rester dans l’ombre », a déploré l’un d’eux, appelant à « davantage de décisions en faveur des arts plastiques ».

Malgré ces réserves, l’édition 2026 s’affirme comme une vitrine de la diversité plastique tunisienne, offrant un panorama des tendances actuelles et confirmant le rôle du Mois national des arts plastiques comme baromètre de la création contemporaine dans le pays.