“Ya Hasra-contes d’un passé qui revient” est un récit à deux voix signé Besma Ouerghi et Antonio Bernardo Farruggia, à paraître chez KA’Edition début mars 2026 en Tunisie et en France. Né d’un dialogue sensible entre une Tunisienne et un Sicilien de Tunisie, ce livre explore un pan de l’histoire méditerranéenne, un siècle d’immigration sicilienne en Tunisie, de 1860 à 1972.

Trois syllabes murmurées sur les deux rives de la Méditerranée. “Ya Hasra”, mot intraduisible chargé de nostalgie, de tendresse et de mémoire, donne son titre à un ouvrage qui ressuscite un monde effacé des cartes mais encore vibrant dans les cœurs. Celui des familles venues de Roccapalumba, Mazara ou Trapani, ayant traversé la mer pour labourer, bâtir, aimer, prier, parler arabe et devenir, sans le savoir, les passeurs silencieux d’une Méditerranée plurielle.

Le livre raconte aussi l’histoire de deux enfances et de deux départs. Besma Ouerghi, originaire du Kef, quitte la Tunisie à l’âge de vingt ans. Antonio Bernardo Farruggia, né au Kef le 21 mai 1955, fils et neveu d’émigrants siciliens, quitte à son tour le pays en 1972, à dix-sept ans, lorsque sa famille regagne l’Italie. Il avait auparavant fréquenté le lycée Gustave-Flaubert et grandi dans cette Tunisie des croisements et des voisinages partagés.

A travers vingt-sept chapitres mêlant archives familiales, récits intimes, gestes de femmes, prières murmurées, scènes de lavoirs, mines de phosphate, processions religieuses, couscous et macaronis, “Ya Hasra” retrace une histoire vécue, de l’arrivée des premiers Siciliens au XIXème siècle jusqu’au dernier navire quittant La Goulette en 1972. Le Kef y apparaît comme un carrefour de civilisations, un lieu où la cohabitation fut une richesse aussi bien pour les habitants que pour les arrivants.

Entre chronique intime et mémorial collectif, le récit évoque les exils sans retour, les valises en carton, le pain partagé, les liens tissés puis défaits, les enfants devenus orphelins de deux patries. Il s’inscrit également dans une démarche de transmission, portée par cette conviction : « Ceux qui sont partis ne meurent jamais tant que leurs mots respirent encore. »

Déjà auteur d’un ouvrage consacré à l’émigration des Siciliens en Tunisie au XIXème siècle, Antonio Bernardo Farruggia poursuit dans cet opus son travail de recherche et de mémoire, élargi à une réflexion plus vaste sur les migrations entre les deux rives de la Méditerranée. Ensemble, les deux auteurs interrogent ce que la Sicile, la Tunisie et la mer ont tissé dans les langues, les mobilités, les chants et les silences.

Préfacé par le professeur Giovanni Ruffino, fondateur de l’Atlas linguistique sicilien et président du Centro di Studi Filologici e Linguistici Siciliani, “Ya Hasra” se lit comme une ode à la mémoire et un hymne à la fraternité méditerranéenne, une réponse sensible au temps qui efface les traces, mais jamais les âmes.

A l’initiative des deux co-auteurs, une partie des recettes issues de la vente du livre sera reversée aux enfants de Gaza, inscrivant ainsi cet acte de mémoire dans un geste de solidarité.