Le nouveau sélectionneur de l’équipe de Tunisie, Sabri Lamouchi, a affiché un discours fort, mêlant émotion, ambition et lucidité, lors de sa conférence de presse de présentation au siège de la Fédération tunisienne de football (FTF).
À 54 ans, le technicien franco-tunisien considère cette mission comme « le plus grand défi » de sa carrière, mais aussi « d’homme », avec un objectif clair : rendre sa fierté au peuple tunisien.
Un retour aux sources chargé de sens
Dès l’entame, Lamouchi a tenu à souligner la portée symbolique de son retour :
« L’homme qui est en face de vous est immensément fier d’être là, de représenter la Tunisie, le pays de mes parents, donc mon pays. »
Une déclaration forte qui traduit une véritable quête de sens après une carrière construite essentiellement en Europe.
Objectif Mondial 2026 : réalisme et combativité
Sans céder au triomphalisme, le nouveau sélectionneur a affiché une ligne claire en vue de la Coupe du monde 2026 :
« Je ne vais pas vous raconter qu’on va gagner la Coupe du monde. Mais je veux que nos adversaires souffrent pour nous battre. »
Lamouchi prône une identité de jeu adaptative, des systèmes hybrides et une exigence défensive, tout en gardant une philosophie basée sur la possession du ballon.
Il reste pragmatique quant aux ambitions tunisiennes dans un Mondial élargi à 48 équipes, laissant la porte ouverte à une qualification via la troisième place.
« Je ne suis pas ici pour travailler, je suis ici pour rêver »
La phrase forte de la conférence résume l’état d’esprit du sélectionneur :
« Je ne suis pas ici pour travailler, je suis ici pour rêver. Et je ne suis pas un rêveur. »
Un message qui illustre sa volonté d’insuffler une nouvelle dynamique mentale et émotionnelle au groupe.
Le dossier sensible des binationaux
Interrogé sur la question récurrente des joueurs binationaux, Lamouchi a été catégorique :
« Je n’irai supplier personne pour venir jouer pour la Tunisie. »
Il insiste sur la notion de valeur ajoutée et sur l’importance de dépasser le clivage « local / binational » pour construire une équipe unie.
Un calendrier serré et une préparation délicate
Le sélectionneur devra composer avec un calendrier particulièrement contraint. Avant le Mondial, la Tunisie disputera quatre matchs amicaux :
28 mars : Haïti à Toronto
31 mars : Canada à Toronto
1er juin : Autriche à Vienne
6 juin : Belgique à Bruxelles
Entre le rassemblement à Tunis et le départ pour le Canada, Lamouchi ne disposera que de deux séances d’entraînement avant le premier match.
« Je ne connais pas parfaitement le football tunisien, ce serait prétentieux de le dire », a-t-il reconnu, soulignant la nécessité d’aller à la rencontre des joueurs « parler aux hommes avant les joueurs ».
L’épisode de 1993 : tourner la page
Très attendu sur cet épisode où il avait été écarté de la sélection sans jouer, Lamouchi a répondu avec sobriété :
« On a beaucoup parlé de 93, mais un seul homme était là, et c’est moi. Je n’ai aucun besoin de me justifier, encore moins de m’excuser. »
Une manière de clore définitivement ce chapitre pour se projeter vers l’avenir.
Une mission au-delà du contrat
Enfin, Lamouchi a laissé entendre que la durée de son mandat importe moins que le projet :
« Si je suis encore là dans deux ans, cela voudra dire qu’on a construit quelque chose. »
Nommé le 14 janvier dernier en remplacement de Sami Trabelsi, limogé après l’élimination en huitièmes de finale de la CAN 2025, Sabri Lamouchi entend désormais réconcilier les Tunisiens avec leur sélection.

