Céréales
Production mondiale de Céréales

Pourquoi la production mondiale de céréales va-t-elle atteindre un record en 2026 ?

Selon le dernier bulletin de la FAO, la campagne 2025-2026 s’annonce exceptionnelle. La production mondiale devrait culminer à 2 990 millions de tonnes, soit une hausse de 4,4 % par rapport à 2024.

Cette dynamique record repose principalement sur deux piliers :

  • Le maïs : Porté par des rendements accrus aux États-Unis et au Brésil.
  • Le riz : Qui bénéficie de conditions climatiques favorables en Asie.

Pourquoi l’alimentation animale capte-t-elle l’abondance céréalière ?

Malgré une production record, l’utilisation globale progresse de 1,8 % pour atteindre 2 929 millions de tonnes. Ce n’est pas l’assiette humaine qui tire cette croissance, mais le secteur industriel et de l’élevage.

La montée en puissance du maïs et du blé fourrager

L’usage des céréales se réoriente massivement vers :

  • Les rations animales : Intensifiées par les grands producteurs (USA, Brésil).
  • L’aquaculture en Asie : Une absorption croissante de blé fourrager pour soutenir la production de protéines marines.
  • La bioéconomie : La transformation du maïs en biocarburants reste un levier de tension pour la disponibilité alimentaire.

Quels sont les risques pour la sécurité alimentaire mondiale en 2026 ?

L’abondance apparente masque des fragilités structurelles. Si la consommation humaine progresse lentement, elle reste vulnérable à trois facteurs clés :

  • Le décalage démographique : La production doit suivre une courbe de croissance de population complexe.
  • La répartition des stocks : Bien que stables, les stocks mondiaux sont géographiquement très concentrés, limitant l’accès pour les pays importateurs nets.
  • La volatilité logistique : Les chocs géopolitiques peuvent interrompre les flux, même quand les silos sont pleins.

Tableau Récapitulatif : Bilan Céréalier 2024 vs 2026

Indicateur Campagne 2024 Prévision 2026 Variation
Production Mondiale 2 864 Mt 2 990 Mt + 4,4 %
Utilisation Totale 2 877 Mt 2 929 Mt + 1,8 %
Stocks de Clôture Stable Inégalement répartis

Conclusion : Vers une souveraineté alimentaire renforcée ?

L’enjeu de 2026 ne sera pas de produire plus, mais de mieux réguler. La gouvernance des flux et la gestion de la bioéconomie face aux besoins humains seront les véritables arbitres de la stabilité des marchés.

Note d’expert : Les pays du Maghreb, fortement dépendants des importations, devront surveiller de près cette concurrence entre usages industriels et alimentaires pour sécuriser leurs approvisionnements.

Focus Maghreb : Comment la Tunisie peut-elle naviguer dans cette abondance fragile ?

Si le record mondial de 2 990 millions de tonnes offre un répit théorique sur les prix, la réalité pour un pays comme la Tunisie est plus complexe. Importatrice structurelle de céréales (notamment de blé tendre), la région reste à la merci de la logistique mondiale.

1. La dépendance aux flux internationaux

Malgré une offre mondiale pléthorique, la Tunisie doit faire face à :

  • La facture d’importation : Même si les prix se stabilisent, la dépréciation du dinar et les coûts du fret pèsent lourdement sur l’Office des Céréales.

  • La priorité au blé dur : Contrairement au maïs mondial (destiné à l’industrie), la priorité locale reste le blé dur pour la semoule et les pâtes, dont la production locale est fortement impactée par les cycles de sécheresse.

2. Le risque de “l’inflation importée” par l’alimentation animale

Comme mentionné plus haut, l’Asie et les Amériques absorbent le maïs et le blé fourrager pour l’élevage.

  • Impact local : Pour les éleveurs tunisiens, cela signifie que le prix du soja et du maïs importés pour le bétail pourrait ne pas baisser autant que prévu, maintenant une pression haute sur les prix du lait et des viandes blanches.

3. Vers une stratégie de résilience nationale

Pour transformer ces prévisions mondiales en opportunités, trois leviers sont prioritaires:

  • Optimisation du stockage : Moderniser les silos pour profiter des fenêtres de prix bas lors des records de récolte.
  • Encouragement des cultures alternatives : Développer des substituts locaux pour l’alimentation animale (orge, triticale) afin de réduire la dépendance au maïs mondial “capté” par les géants industriels.
  • Souveraineté semencière : Investir dans des variétés de blé dur résistantes au stress hydrique pour stabiliser la récolte nationale indépendamment des records extérieurs.