Des journalistes, des défenseurs des droits de l’Homme et des experts en droit, se sont réunis jeudi, lors d’une conférence sur le thème « La liberté de la presse sous le décret-loi 54 : défis et dangers pour le droit à l’information ».
Ils ont déclaré que le décret-loi 54 relatif à la lutte contre les infractions se rapportant aux systèmes d’information et de communication « a créé un climat de peur parmi les journalistes et ouvert la voie à la désinformation, privant les citoyens de la vérité ».
Dans son intervention, Zied Dabbar, président du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a déclaré “le décret-loi 54 ne concerne pas uniquement les journalistes et le problème ne réside pas seulement dans les sanctions ou l’emprisonnement, mais aussi dans « l’éradication d’une presse sérieuse, indépendante et responsable”. “En effet, il a créé un climat de crainte chez les journalistes, qui évitent désormais les sujets sérieux et délicats », a-t-il dit.
Pour sa part, Khaoula Chebbah, coordinatrice de l’unité de monitoring au SNJT, a déclaré que l’unité a suivi 28 dossiers depuis l’entrée en vigueur du décret-loi 54 et que la plupart des poursuites ont été engagées par les autorités officielles de l’État.
Le ministère public, a-t-elle ajouté, avait engagé des poursuites contre des journalistes au sens des dispositions du décret-loi 54 à neuf reprises.
“Quant aux ministères, ministres et anciens ministres, ils ont porté plainte contre des journalistes à sept reprises, tandis que les établissements publics ont déposé quatre plaintes en vertu de ce décret-loi”, a-t-elle indiqué, ajoutant que les personnes physiques ont déposé huit plaintes.
Dans son intervention à cette conférence organisée par le SNJT, la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH), Reporters sans frontières et l’organisation AccessNow, elle a fait remarquer que cinq dossiers ont été jugés « rapidement », dont quatre ont abouti à des peines de prison qui concernent des journalistes et des professionnels des médias (Mohamed Boughalleb, Sonia Dahmani, Mourad Zeghidi et Borhen Bessaies).
De son côté, le directeur du bureau Afrique du Nord de Reporters sans frontières, Oussama Bouajila, que “ce décret s’est révélé inefficace, car il n’a fait que créer un climat de peur et de terreur auprès des journalistes”
“Il a ouvert la voie à la désinformation et à la propagation des rumeurs, alors que seuls des médias sérieux et responsables sont capables de lutter contre les discours trompeurs”, a-t-il affirmé.
Le député Mohamed Ali a fait remarquer que « le décret-loi 54 a complètement dévié de son objectif initial, qui est de lutter contre la cybercriminalité, pour devenir un décret politique », ajoutant que lors de la dernière législature, « de fortes pressions ont été exercées pour empêcher le passage de l’amendement de ce décret-loi ».
En février 2024, un groupe de députés a présenté une proposition de loi visant à amender et compléter le décret-loi n° 54 de 2022, en collaboration avec le SNJT.


