
La scène nationale est submergée par le débat sur la fiscalité. Janvier, est le mois des vendanges, en la matière. En effet tous les experts montent au filet afin de disséquer les nouvelles mesures fiscales contenues dans la nouvelle loi de finances. Et l’année 2026 ne déroge pas à la règle.
Une prédilection pour la fiscalité
Comment justifier cet engouement exclusif pour la fiscalité alors que des sujets plus importants sont laissés de côté. Nous évoquons, les divers déficits ou le gap de croissance.
Allons-nous finir l’année avec 2,4 % ? Ferons-nous davantage ? Cela tombe bien car le lien entre fiscalité et croissance est bien là. Plus la croissance est élevée et plus les rentrées augmentent. Et à défaut ? Il faut bien boucler le budget.
Et là on se rabat sur l’extension de la base de l’impôt. Et quand celle-ci sature, on augmente les taux. Et le budget de l’année 2026 s’inscrit quelque peu dans ce dernier cas de figure.
Attention, les taux tuent les totaux !
Il y a un jargon d’alerte fiscale, abondant. Nous citons deux expressions synonymes : ‘’Trop d’impôts tuent l’impôt’ ou son équivalent les ‘’taux tuent les totaux’’. Et cela vaut autant pour les impôts directs, qu’indirects. Et ces deux dictons proviennent des tenants de la théorie de l’offre dont le chef de file est Artur Laffer.
Ce dernier a été l’inspirateur des Reaganomics, le plan économique du président américain Ronald Reagan. Ce dernier, rappelons-nous a été à l’origine d’un regain de dynamique économique aux Etats unis. Ce courant est proche du Tatchérisme. Tous deux jouent à fond la carte de l’ultralibéralisme. Et leur référentiel demeure la courbe de Laffer qui montre que la fiscalité n’est pas extensible à l’infini. Et qu’à un certain palier de taux les rentrées fiscales déclinent au lieu d’augmenter. Quel est le point de jonction entre la théorie de l’offre et le débat national ?
La tentation de la réduction de la fiscalité
Dans un propos récent Fayçal Derbel a soutenu que la décennie 1985 – 1995 a été la période où les revenus de la fiscalité ont progressé le plus. L’explication en est simple. L’on a réformé la fiscalité en la modernisant notamment avec l’introduction de la TVA. Et en réduisant les taux. Cela est proche de la pensée de la théorie de l’offre.
A la différence près que la réduction de la fiscalité en univers anglo saxon s’est accompagnée d’une baisse des dépenses sociales dans les budgets. Sous le président Reagan l’on est allé jusqu’à supprimer les dépenses qui finançaient les goûters des écoliers nécessiteux. Et l’une ne va pas sans l’autre.
Oui à l’allégement fiscal. Son effet en retour est généralement favorable à la croissance des investissements et par conséquent à la croissance. Cette option est souhaitable. Mais elle ne pourrait se vérifier tout le temps qu’on ne saurait trouver le moyen d’aménager les dépenses sociales dans le budget.
Le débat est ouvert.
Ali DRISS
Repères clés
- 110 articles dans la Loi de Finances 2026
- 53 articles proposés par les députés
- 47 mesures de baisse fiscale
- 17 mesures de hausse
- 2,4 % : niveau de croissance anticipé
- 1985–1995 : période de plus forte progression des recettes fiscales en Tunisie.


