L’intelligence artificielle (IA) transforme l’économie mondiale à une vitesse inédite, mais risque de creuser des inégalités au détriment des pays en développement. Selon le rapport sur “Les progrès et les tendances du paysage numérique 2025” de la Banque mondiale, un écart béant s’installe entre les pays à revenu élevé, qui concentrent 85 % des start-ups d’IA et 91 % des investissements en capital-risque, et les pays pauvres qui sont quasi absents de l’innovation.

Pour les pays à préparation moyenne comme la Tunisie et les économies émergentes, le rapport estime qu’il faut adapter les modèles “open source” aux langues et cultures locales, créer des programmes de formation avancée pour retenir les experts locaux et éviter la fuite des cerveaux et développer des centres de données nationaux ou régionaux pour réduire la dépendance aux serveurs étrangers.

L’adoption de l’IA reste “superficielle” dans les pays du Sud, souligne encore le rapport. En mars 2024, les pays à faible revenu représentaient moins de 1 % du trafic mondial sur ChatGPT. Pour des pays comme la Tunisie, le défi est double : le pays doit combler des écarts significatifs de compétences numériques, notamment entre les genres et entre les zones urbaines et rurales.

Pour les pays à faible revenu, l’infrastructure demeure le principal verrou. Le coût d’un forfait de 5 Go de données peut représenter jusqu’à 29 % du revenu mensuel moyen, contre moins de 3 % dans les pays riches. De plus, la couverture 5G n’y atteint que 4 % de la population, limitant drastiquement l’usage des technologies avancées.

Le “Petit IA”, l’arme des pays en développement

Pour ne pas rester de simples consommateurs passifs de technologies importées, la Banque mondiale préconise le déploiement du “Petit IA” (Small AI). Contrairement aux modèles géants et coûteux, ces systèmes spécialisés consomment moins de données et d’énergie, s’adaptant aux réalités locales.

En guise d’exemples, le rapport cite l’Inde et le Kenya où des outils diagnostiquent les maladies des cultures sans connexion internet dans le domaine de l’agriculture.

Il cite également l’application “Rori” au Ghana, qui enseigne les mathématiques via WhatsApp pour seulement 5 dollars par étudiant et par an. Au Pérou, l’IA intègre les langues autochtones pour renforcer l’accès aux soins.

Pour les pays à faible préparation, le rapport recommande de garantir l’accès universel à l’électricité, miser sur l’alphabétisation numérique de base et intermédiaire pour la population et améliorer la numérisation des données gouvernementales.

En ce qui concerne les pays bien préparés, il reste à investir dans la recherche de pointe et le calcul haute performance et soutenir les chercheurs d’élite pour qu’ils deviennent des créateurs de modèles nationaux originaux.

“Il n’y a plus de temps à perdre”, conclut le rapport. Sans une action stratégique immédiate, l’IA pourrait devenir une source majeure de nouvelles inégalités mondiales au lieu d’être un moteur de prospérité partagée.