Hédi Dahman, expert en sécurité sociale, revient sur la crise récente entre le Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) et le syndicat des propriétaires de pharmacies privées. L’échange met en lumière les raisons de la suspension du système du tiers payant, ses répercussions sur les citoyens et les professionnels de santé, ainsi que les solutions envisagées à court et long terme, souligne-t-il sur mosaiqueFM.

Suspension du tiers payant et impacts immédiats

Le syndicat des pharmaciens a décidé de suspendre le tiers payant en raison de l’accumulation d’arriérés financiers de la CNAM, estimés à près de 200 millions de dinars. Cette décision a affecté directement les assurés sociaux, contraints de recourir au remboursement des frais, un mécanisme qui implique des délais longs, pouvant atteindre six mois. Les pharmacies, les médecins, les fournisseurs et la Pharmacie centrale ont également subi les conséquences de cette rupture de trésorerie.

Intervention présidentielle et reprise du système

Face à l’ampleur de la crise, une réunion s’est tenue sous l’égide du Président de la République, réunissant l’ensemble des parties concernées. Elle a abouti à un accord pour le rétablissement du tiers payant, accompagné de garanties concernant le règlement des créances et l’engagement de réformes structurelles des caisses sociales. Cette reprise est toutefois présentée comme une solution transitoire.

Position du syndicat des pharmaciens

Le syndicat a précisé que cette décision ne constitue pas un « chèque en blanc ». Il a averti que tout nouveau manquement aux délais de paiement ou aux engagements financiers donnerait lieu à des actions légales. L’objectif affiché reste la protection de la pérennité du secteur et le droit du citoyen à l’accès continu aux médicaments.

Des causes profondément structurelles

Selon Hédi Dahman, la crise dépasse le cadre conjoncturel. La CNAM, créée en 2004, n’a jamais achevé la mise en place de mécanismes autonomes de recouvrement. Elle dépend des transferts de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et de la Caisse nationale de retraite et de prévoyance sociale (CNRPS). Ces caisses utilisent une partie des fonds destinés à la CNAM pour couvrir leurs propres déficits, entraînant une accumulation de dettes sans transferts effectifs.

Un vide administratif préoccupant

Depuis plus d’un an, les caisses sociales fonctionnent sans président-directeur général ni conseil d’administration. Cette situation a bloqué la prise de décisions stratégiques, l’émission des cartes obligatoires et le recouvrement des créances. Les pertes engendrées par ce vide administratif sont estimées à environ 400 millions de dinars.

Les solutions avancées

Parmi les mesures urgentes figurent la nomination immédiate d’un PDG, le règlement des dettes anciennes et le respect strict des nouveaux délais de paiement. À moyen et long terme, l’expert plaide pour une réforme globale du système de sécurité sociale, fondée sur la séparation entre le régime des pensions et celui de l’assurance maladie, la révision des mécanismes de financement et de répartition, la restructuration administrative et la création d’un fonds centralisé de services et de recouvrement.

En conclusion

La crise du tiers payant ne se limite pas à un différend entre pharmaciens et CNAM. Elle révèle un dysfonctionnement structurel ancien des caisses sociales. La reprise du système constitue un répit, mais le redressement durable passe par des réformes profondes de la gouvernance, du financement et du recouvrement.