L’élaboration du plan de développement quinquennal 2026-2030 est arrivée à son terme, à l’issue d’une expérience inédite en Tunisie fondée sur une méthodologie ascendante, partant du niveau local vers le niveau national. Ce processus s’est appuyé sur 3 671 séances de concertation organisées dans l’ensemble des gouvernorats.
Ce plan, qui a été au centre d’une rencontre tenue mercredi dernier entre le président de la République, Kaïs Saïed, la cheffe du gouvernement, Sarra Zaafrani Zenzri, et le ministre de l’Économie et de la Planification, Samir Abdelhafidh, rompt avec l’approche centralisée traditionnelle.
En effet, la réalisation de ce plan s’appuie sur les conseils locaux élus le 24 décembre 2024 et qui ont constitué des conseils régionaux de développement en fonction des spécificités économiques et sociales de chaque région.
Cette démarche ascendante, du local au régional puis au national, vise à rendre les politiques publiques adaptées à la réalité du terrain et davantage en adéquation avec les préoccupations des citoyens.
Les concertations ont permis de dégager plusieurs priorités, notamment la simplification des procédures administratives, l’amélioration des infrastructures, le développement du transport public, le renforcement des services de santé et la recherche de solutions à la crise du logement, marquée par la hausse des prix de l’immobilier et les difficultés d’accès aux crédits bancaires.
Les discussions ont également mis en avant la qualité de vie comme enjeu central, à travers le développement des transports, la création d’espaces verts, l’amélioration des services de proximité et le recours accru aux énergies renouvelables.
Dans ce cadre, le gouvernement envisage des mécanismes d’accès progressif à la propriété, dont la location-accession, pour les catégories à revenu faible et moyen.
Selon la cheffe du gouvernement, ce plan repose sur des dimensions économiques et sociales intégrées. Sa mise en œuvre sera suivie par les conseils locaux, tandis que l’administration assurera la coordination.
Le plan s’inscrit dans une orientation visant à renforcer le rôle social de l’État, conformément aux priorités de la loi de finances 2026, axées sur la promotion de l’emploi, la réduction du taux de chômage, l’amélioration des revenus et des pensions de retraite dans les secteurs public et privé, le soutien à la protection sociale et le renforcement des secteurs prioritaires, notamment la santé, le logement, le transport et l’éducation.
Le gouvernement a, d’ailleurs, décidé d’ouvrir des recrutements dans la fonction publique, notamment au profit des diplômés de l’enseignement supérieur et des chômeurs de longue durée, tout en poursuivant la régularisation de la situation des agents contractuels et des travailleurs des chantiers, toutes catégories confondues, ainsi que l’intégration des enseignants et instituteurs suppléants, un processus déjà engagé depuis quelque temps.
Par ailleurs, les efforts de lutte contre le travail précaire ont effectivement commencé, conformément aux dispositions de la loi n° 9 de 2025 du 21 mai 2025 relative à l’organisation des contrats de travail et à l’interdiction de la sous-traitance, ainsi qu’au décret n° 327 de 2025 du 17 juin 2025 interdisant la sous-traitance dans le secteur public.
La loi de finances pour la nouvelle année comporte également des mesures visant à renforcer les programmes d’accompagnement des catégories à revenu limité, dans l’objectif de réduire les inégalités économiques et sociales, tout en développant les systèmes de sécurité sociale afin de garantir la protection sociale et la couverture sanitaire universelle.
Malgré les espoirs et les enjeux portés par ce plan, le principal défi demeure la capacité de l’appareil exécutif à traduire les choix annoncés en réalisations concrètes sur le terrain. Le président de la République l’a d’ailleurs souligné, estimant que la réussite du plan ne dépend pas uniquement de l’adoption des textes législatifs, mais aussi de l’engagement effectif des responsables chargés de leur mise en œuvre.


