Les considérations sociales occupent une place centrale dans la loi de finances 2026, au détriment des investissements productifs créateurs de richesse. C’est le constat dressé par Mohamed Louzir, secrétaire général de la Chambre de Commerce et d’Industrie Tuniso-Française (CCITF), lors d’une matinée d’information consacrée aux nouvelles dispositions budgétaires, organisée jeudi à Tunis.

Des dépenses sociales élevées, des investissements limités

Selon Mohamed Louzir, la structure de la loi de finances 2026 met en évidence un déséquilibre marqué entre les dépenses à caractère social et les investissements productifs.

Les dépenses sociales et de subvention dépassent 19 milliards de dinars, soit l’équivalent de 5 472 dinars par an et par famille, sur la base d’un nombre estimé de 3 472 188 familles en 2025.

Ces aides, bien que significatives, restent associées à un système de gestion jugé complexe et peu efficace. Le secrétaire général de la CCITF a souligné les difficultés liées au chiffrage, au suivi et aux risques inhérents à ce dispositif, sans remise en cause du principe même de l’aide sociale.

Masse salariale publique et productivité en question

Mohamed Louzir s’est également arrêté sur le poids croissant de la masse salariale de la fonction publique. Depuis 2010, les effectifs ont augmenté de 35 %, tandis que le salaire brut annuel moyen a progressé de 191 %. Cette évolution, selon lui, ne s’est pas accompagnée d’une amélioration de la productivité, ce qui pose un problème structurel nécessitant des solutions durables.

Une pression fiscale parmi les plus élevées d’Afrique

Autre point soulevé : la pression fiscale, qualifiée de particulièrement élevée à l’échelle africaine. Elle s’est établie à 33,5 % du PIB en 2022 et devrait dépasser 34 % à fin 2025, une tendance appelée à se poursuivre en 2026.

L’impôt sur les sociétés illustre cette dynamique. Son produit est passé de 2,8 milliards de dinars en 2022 à 6 milliards en 2025, soit une hausse de 113 % en trois ans. Cette évolution, qui ne devrait pas être inversée en 2026, pourrait peser sur l’investissement. Mohamed Louzir a également rappelé la faiblesse du nombre de contribuables, dans un contexte où l’économie informelle représenterait plus de 40 % du PIB.

Dette, financement et effet d’éviction

Le poids de la dette constitue un autre facteur de préoccupation. Face aux difficultés de mobilisation de la dette extérieure, le financement de l’État s’est reporté sur le marché local. La part de l’État dans le total des crédits est ainsi passée de 17 % en 2020 à 33,4 % en 2025. Ce mouvement s’est accompagné d’un recours accru à l’emprunt direct auprès de la Banque Centrale de Tunisie (BCT), au détriment de l’investissement public et privé.

Les attentes de la CCITF

La CCITF aurait souhaité voir figurer dans la loi de finances 2026 des signaux de confiance en direction des investisseurs, des actions concrètes de restructuration des entreprises et des administrations publiques, ainsi qu’une orientation des ressources de la BCT vers le secteur productif. L’organisation plaide également pour une accélération de la réforme fiscale, un soutien aux secteurs porteurs tels que les énergies renouvelables et l’intelligence artificielle, et le maintien du dialogue avec les bailleurs de fonds internationaux.