Illustration réaliste de la fiscalité tunisienne montrant des pièces et documents fiscaux au premier plan, un marché informel et la ville de Tunis en arrière-plan, symbolisant la pression fiscale, l’informalité et la crise de confiance.
image d’illustration IA

Avec une pression fiscale avoisinant les 25 % du produit intérieur brut, la Tunisie se situe dans la moyenne haute des économies à revenu intermédiaire. À première vue, l’État collecte, les recettes rentrent et le système tient. Mais derrière cette performance apparente se dessine une réalité plus préoccupante : le modèle fiscal tunisien est à bout de souffle, économiquement inefficace et socialement fragilisé.

Le diagnostic posé par l’Institut Tunisien des Études Stratégiques est sans détour. Si la Tunisie prélève beaucoup, elle prélève mal. L’architecture fiscale repose principalement sur des impôts indirects — TVA et droits de consommation — qui représentent plus de la moitié des recettes. Ces prélèvements, par nature régressifs, s’appliquent indistinctement à tous, mais pèsent proportionnellement davantage sur les ménages modestes. Ceux qui consomment l’essentiel de leurs revenus supportent ainsi une charge fiscale plus lourde que ceux qui peuvent épargner ou optimiser.

« Une pression fiscale élevée ne garantit ni l’équité ni l’efficacité économique. »

Une assiette étroite et déséquilibrée

À cette injustice structurelle s’ajoute une assiette fiscale limitée. L’économie informelle, qui représenterait plus du tiers du PIB, échappe largement à l’impôt. L’évasion et l’optimisation fiscales, notamment parmi les acteurs les plus solvables, creusent davantage l’écart entre l’impôt théorique et l’impôt effectivement collecté. Le paradoxe est frappant : une minorité de contribuables, essentiellement issus du secteur formel, supporte l’essentiel de l’effort fiscal, tandis qu’une large part de l’activité économique demeure hors radar.

Une crise de confiance profonde

Mais le problème le plus profond est sans doute immatériel. La fiscalité tunisienne traverse une crise de confiance. Pour une majorité de citoyens et d’entrepreneurs, l’impôt n’est plus perçu comme une contribution au bien commun, mais comme une contrainte, voire une sanction. Cette défiance se traduit par des comportements d’évitement, une résistance aux réformes et une acceptabilité sociale de plus en plus fragile. Plus l’État cherche à compenser ses déséquilibres par de nouveaux prélèvements, plus il alimente un cercle vicieux de méfiance et d’inefficacité.

« La TVA et les droits de consommation accentuent les inégalités fiscales. »

Un enjeu stratégique, au-delà du budget

Dans ce contexte, la réforme fiscale ne peut plus être abordée comme un simple exercice budgétaire. L’enjeu dépasse la question des taux ou des recettes. Comme le souligne l’ITES, la fiscalité est devenue un levier stratégique, au cœur de la stabilité politique et de la crédibilité de l’État. Elle conditionne la capacité à attirer l’investissement, soutenir la croissance, financer les services publics et préserver le contrat social.

2035 : un choix structurant

À l’horizon 2035, la Tunisie fait face à une alternative claire. Soit elle persiste dans un modèle de court terme, fondé sur la pression fiscale et l’élargissement contraint de l’assiette, au risque d’étouffer l’économie formelle et d’aggraver la défiance. Soit elle engage une réforme structurelle, fondée sur l’équité, la transparence et l’efficacité économique. Cela implique de rééquilibrer la fiscalité vers plus de progressivité, de lutter intelligemment contre l’informel et l’évasion, et de redonner du sens à l’impôt par une meilleure lisibilité de l’action publique.

« L’impôt n’est plus perçu comme un acte citoyen. »

 

La fiscalité tunisienne est à la croisée des chemins. Elle peut rester un outil de survie budgétaire ou devenir un instrument de transformation nationale. Dans un contexte de tensions sociales, de contraintes financières et de défis géopolitiques, la réforme fiscale n’est plus une option technique. Elle est devenue un impératif stratégique pour l’avenir du pays.

En bref

  • La pression fiscale tunisienne donne une illusion de solidité.
  • Le système repose majoritairement sur des impôts indirects.
  • L’économie informelle réduit fortement l’assiette fiscale.
  • La défiance envers l’impôt fragilise le contrat social.
  • Une réforme structurelle devient stratégique à l’horizon 2035.