Le directeur des Recherches historiques et Archéologiques, Habib Ben Younes, a qualifié d’enjeu national l’enseignement de toutes les spécialités au sein des Etudes Phéniciennes Puniques auxquelles il faut adjoindre les études Numido-Libyques qui sont hors de la Protohistoire, face aux défis qui menacent ses perspectives d’avenir et ce, pour sa pérennité.

Il a déploré, lors d’une table ronde sur “l’écriture de l’histoire et de la civilisation de Carthage” organisée par l’Ecole Tunisienne d’Histoire et d’anthropologie au Palais Ksar Saïd « les très nombreux vides difficiles pour des raisons structurelles à l’échelle de l’Université Tunisienne, où l’enseignement de cette discipline voit son avenir menacé puisque le nombre d’enseignants spécialistes dans le domaine a drastiquement diminué ».

« Le renouvellement doit se baser sur la volonté à savoir une vision futuriste sur les études historiques en Tunisie et les besoins réels et la coordination entre toutes les institutions universitaires d’autant plus qu’il s’agit d’un problème national » a ajouté l’ancien conservateur de la division des musées et Professeur à l’Université de Tunis.

« Les exemples présenté à dessein, à propos de l’épigraphie, montre l’absence d’une vision nationale de l’intérêt de beaucoup de spécialités, mais des initiatives départementales sans coordinations ni vision ».

Il a cité « la diminution du nombre d’étudiants devant l’immensité de l’histoire et le patrimoine, dans son sens le plus large, et les difficultés de la formation compte tenu de la rareté des formateurs dans tous les domaines. La vocation de l’Institut National du Patrimoine (INP) en tant que détenteur institutionnel de l’accès aux sites et collections constitue un barrage parfois difficilement franchissable, nécessitant une plus grande implication des différentes institutions universitaires afin de ce partager le poids de ce lourd et bénéfique héritage aux niveaux de l’action, la formation et la publication. »

Il a rappelé que « l’INP comprend le plus grand nombre de spécialistes et n’est pas une institution prodiguant un enseignement ».

La seule issue étant de convoquer des états généraux regroupant les deux départements de la Culture et de l’Enseignement sur la formation en Histoire, surtout l’Histoire Antique et son rapport avec l’archéologie, afin de tracer une politique pour l’avenir de patrimoine et surtout des futurs étudiants qui doivent disposer d’une formation adéquate en rapport avec les spécialités et les débouchés afin d’assurer la continuité à travers les générations, a-t-il recommandé.

« L’implication du Ministère de l’Enseignement Supérieur dans la formation dans l’Archéologie sont absolument vitale pour le futur du pays » a soutenu M. Ben Younes.

Il a aussi souligné l’impératif d’instaurer une formation cohérente entre les diverses facultés dans le cadre d’une démarche nationale à suivre et non pas une politique propre à chaque faite en “conclave ” institutionnel traçant son propre chemin parfois selon des intérêts, constatant « des recoupements d’enseignements d’un niveau inégal pour les mêmes questions ce qui est totalement improductif bien plus une perte de temps et d’énergie ».

Pour sa part, Nabil Kallala, directeur de l’Ecole tunisienne d’histoire et d’anthropologie organisatrice de la deuxième table ronde sur l’écriture de l’histoire et de la civilisation de Carthage, le rôle des Tunisiens et des collègues étrangers qui se sont intéressés tôt, dès l’époque coloniale, à Carthage, à son histoire et à sa civilisation.

Il a souligné qu’après 70 ans d’indépendance, le moment est bien venu pour en faire l’état des lieux, le bilan de la recherche et de l’écriture historique de la Carthage punique en rappelé que l’histoire est une discipline à la fois essentielle parmi les humanités et grave dans on impact sur la société, « car sans elle, notre passé ne sera pas connu, notre présent le sera mal et notre futur sera par conséquent mal » la réflexion sur cette question doit concerner tous les punicisants où chacun apportera sa propre expérience et son avis à l’édifice présent et futur.

Organisée avec le soutien de l’Agence de Mise en Valeur du Patrimoine et de Promotion Culturelle (AMVPPC), de la Chaire Ibn Khaldoun pour le patrimoine, des punicisants Habib Ben Younes et Boutheina Maraoui-Telmini, Mr Kallala a appelé a appelé à l’implication directe de l’Institut National du Patrimoine en tant qu’institution dans cette table ronde à laquelle participent 18 spécialistes de diverses disciplines.

Il a ajouté que les actes de cette table ronde seront publiés dans les plus brefs délais.

Pour rappel, la première table ronde de l’Ecole tunisienne d’histoire et d’anthropologie s’est tenue en 2023, au CACL Ksar Said « sur la préhistoire et la protohistoire » qui a réuni tous les spécialistes tunisiens de ces deux importantes périodes et civilisations de la Tunisie dont les actes ont été publiés en 2024 a indiqué Mr. Kallala.

L’histoirien, archéologue et spécialiste de la civilisation punique Hassine Fantar a déclaré à l’agence TAP « Pour que nous puissions voir une vision claire de notre histoire, nous devons créer 4 Chaires au sein de notre Université pour mieux connaitre la civilisation culture, matérielle, langue et patrimoine, aussi bien pour le monde des vivants que des morts, que des dieux pour les périodes antiques. La première Chaire sera consacrée au Libyco-berbère, la deuxième Chaire au Punique, la troisième Chaire devrait être Romaine et la quatrième Arabe, recommandant par ailleurs de publier les recherches en langue arabe dans ces disciplines.

Cette rencontre sur “L’écriture de l’histoire et la civilisation à Carthage” organisée les 28 au 29 novembre 2025 au Centre des Arts, de la Culture et des Lettres (CACL) – Ksar Saïd, se concentre sur les nouvelles approches de recherche, la religion, le symbolisme et l’imaginaire liés à la civilisation de Carthage. La deuxième journée sera consacrée à Carthage et le monde punico-numide, l’architecture et le monde funéraire et le bilan, les enjeux et perspectives avec des recommandations.

La Directrice du CACL Wajida Sakouhi a souligné l’importance de cette manifestation car elle constitue une occasion pour les historiens et les anthropologues d’apporter un regard plus approfondi sur ce sujet pour une meilleure transmission du savoir organisée dans le cadre des activités de l’Ecole tunisienne d’histoire et d’anthropologie.