Dénoncée depuis les années 90  par l’ONG internationale Green Peace, la menace de pollution et même de disparition qui pèse sur la plus belle oasis maritime de la Méditerranée, en l’occurrence l’oasis maritime de Gabès, est toujours d’actualité.

Cette oasis, fragilisée depuis des décennies par l’expansion urbaine et la pollution générée par le rejet en mer du phosphogypse par les industries chimiques de transformation du phosphate, encourt actuellement le risque de disparaître définitivement par l’effet d’un éventuel déversement en mer de 750 tonnes de gazole que transporte le pétrolier Xelo qui vient de couler dans le golfe de Gabés à 7 kilomètres de la plage. Heureusement, aux dernières nouvelles la situation est sous contrôle.

Abou SARRA

Jouissant d’un écosystème particulier, cette oasis traditionnelle littorale aux sols sablonneux et aux nappes d’eaux profondes risque, si rien n’est fait pour sa protection de manière pérenne, de disparaître.

En 2012, des tentatives ont été entreprises pour la mise sous protection par l’Unesco de l’oasis. Ces actions n’ont toutefois pas abouti ; le problème est resté le même. Mais la piste de l’Unesco n’est pas totalement perdue : les palmiers de ces oasis côtières, uniques en leur genre en Méditerranée, sont considérés comme un patrimoine du bassin de toutes les civilisations de la Mare Nostrum. Dans l’antiquité, ses palmiers étaient érigés en symboles de fertilité par les Egyptiens, représentés par les Carthaginois sur les pièces de monnaie et utilisés par les Grecs et Latins comme ornement lors de célébrations triomphales.

Parallèlement à cette éventuelle prise en charge de l’oasis par l’Unesco, le richissime homme d’affaires égyptien, Sawaris Naguib, a montré de l’intérêt pour le site.

L’oasis sera-t-elle sauvée par Sawaris ?

Lors d’un bref séjour à Gabès, à l’occasion du Festival du film de Gabès (avril 2018), le magnat égyptien, le copte Naguib Sawaris, une des premières fortunes d’Afrique selon le classement du magazine « Forbes », serait tombé amoureux du site.

Il y aurait vu, d’après des déclarations aux médias, une belle opportunité pour y édifier une station touristique et culturelle de notoriété internationale calquée sur celle que lui et des membres de sa famille ont édifiée à El Gouna à Charm Echeikh en Egypte. “Gabès jouit d’une nature exceptionnelle grâce à la mer et l’oasis”, avait alors confié le magnat égyptien aux médias. Il entrevoit déjà dans Gabès un nouveau paradis similaire à El Gouna, un prolongement artificiel de l’oasis sur mer.

Coïncidence de calendrier, une visite du magnat égyptien en Tunisie est annoncée pour les prochains jours (fin avril début – mai 2022).

Pour revenir à son projet de valoriser l’oasis, il faut reconnaître que la station El Gouna et l’oasis de Gabès présentent des similitudes étonnantes.

Dotée, tout comme Gabès, d’un aéroport et d’un festival culturel, El Gouna est construite sur 10 kilomètres de front de mer. Cette ville de 10 000 habitants s’étend sur des îles reliées par des lagons. Elle comporte des infrastructures modernes, avec un réseau routier récent, des hôtels et des terrains de golf.

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L’oasis maritime de Gabès, qui présente, elle, l’avantage d’être naturelle, est réputée pour être un écosystème naturel et idéal au développement d’espèces végétales et animales (refuge pour les oiseaux en migration). Elle pourrait être ainsi sauvée par le milliardaire égyptien.

L’oasis présente d’importants atouts. Sa proximité de l’île des lotophages, Djerba, classée par Mastercard parmi les 10 sites mondiaux les plus convoités en matière de tourisme et de divertissement.

Cette oasis naturelle est également à quelques kilomètres des oasis du Djerid et du Sahara, produits touristiques prisés par les touristes occidentaux.

Tout indique que l’environnement de l’oasis milite en faveur de l’édification, sur ce qui reste de l’oasis maritime de Gabès, d’une future station touristique attractive et prospère.

C’est dans cet esprit qu’il faudrait peut-être comprendre le prochain déplacement de Naguib Sawaris en Tunisie pour rencontrer des responsables tunisiens dont probablement le président de la République, Kaïs Saïed.

Il s’agit peut-être d’un de ces gros investissements qui se chiffrent par des milliards de dollars dont on parle beaucoup dans les coulisses mais dont l’origine est tenue ultra secrète.

Espérons que le naufrage du pétrolier Xelo, une fois maîtrisé, ne sera qu’un mauvais souvenir. Il aura au moins servi à rappeler aux Tunisiens et aux riverains de la Méditerranée la fragilité extrême de l’écosystème dans le golfe de Gabès et qu’il y a urgence à y remédier dans les meilleurs délais. Et comme dit l’adage, « à quelque chose malheur est bon ».