
Michaelle Jean, présidente de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a séjourné parmi nous du 28 juin au 1er juillet 2017. Une visite, hautement symbolique. Se tournant vers l’OIF, la Tunisie démocratique entend signifier qu’elle reste fidèle à l’idéal du projet de l’Etat de l’indépendance et, au premier chef, la primauté du dialogue politique en matière de gouvernance des relations internationales. Tout bien considéré l’OIF apparaît comme la tribune dédiée pour relancer cette priorité.
Un directoire au service d’un idéal
La Francophonie existe depuis le XIXème siècle. Mais cette initiative manquait, dirions-nous, de ”raison sociale”. Les présidents sénégalais, Léopold Sedar Senghor, et tunisien, Habib Bourguiba, y ont pallié. En participant activement à la création en 1968 à Niamey de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, ils ont donné une véritable raison d’être à l’Organisation. C’est cette assemblée qui a été le témoin de l’édification des Etats nationaux dans les pays africains fraîchement indépendants, Maghreb compris.
Il faut bien reconnaître aux Etats nationaux le mérite d’avoir engagé la bataille de l’idéal social. Ses fondamentaux ont tourné du planning familial, de l’école publique, de la nationalisation des ressources naturelles et de la santé pour tous. Hélas, ces expériences ont tourné court engendrant des inégalités et des injustices. Et, par-dessus-tout, ils n’ont pas évolué vers des Etats de droit.
Cependant, même si la trajectoire n’était pas exemplaire, la dynamique d’émancipation n’a pas dévié. Restée vivace chez nous, elle a bien aidé à concrétiser ce début de printemps démocratique dans notre pays. L’OIF serait un véhicule de propagation de cet engagement pour la liberté en aidant à en faire un référentiel. Après tout, tapie dans son rôle de parloir pour les Etats francophones, l’OIF, au bout du compte, peut devenir incubateur de la transition vers la démocratie, après avoir servi de tremplin pour le développement social et les causes nationales.
Son come back est tout à fait envisageable d’autant qu’elle n’a jamais été ni reniée ni désavouée. Quand la Tunisie cherche à l’associer à l’achèvement de son processus de transition en se proposant d’accueillir les festivités de son cinquantenaire, il faut y voir un acte hautement symbolique. Ce serait le moment de validation du travail des pères fondateurs. Il se trouve que le profil personnel de Michaelle Jean, actuelle présidente de l’OIF, s’accorde bien à la circonstance.
Michaelle Jean, un parcours militant

Son arme fatale est l’émancipation économique de la femme. C’est l’indépendance financière qui sera l’enceinte de sécurité de la femme afin qu’elle occupe ses pleins droits sociaux et sociétaux. Elle ne fait en cela que reprendre l’idéal des projets nationaux de l’indépendance. La Tunisie s’y reconnaît, en particulier, tant Habib Bourguiba s’y est engagé de manière clairvoyante. Aujourd’hui, cela lui sert d’épitaphe que personne ne peut lui contester.
Quand la Tunisie accueillera ce retour de la flamme francophone par Michaelle Jean en 2018, elle entend probablement signifier que l’émancipation de la femme est le socle de sa transition démocratique.
Tunis, capitale de la Francophonie en 2018

Le juste ordre mondial
Par conséquent, l’OIF se classe pile derrière l’ONU, en importance stratégique. C’est dire le poids emblématique de cette organisation. Quand la Tunisie veut organiser la célébration du cinquantenaire de l’Assemblée des Parlements de la Francophonie en 2018, elle entend rappeler que l’émancipation des peuples est la clé de voûte d’un juste ordre mondial.
Michaelle Jean, par sa posture personnelle, incarne cette détermination des “Peuples-d’en-bas“ à accéder à la liberté et la démocratie. Et que c’est la cause phare de l’humanité.
L’appel de Michaelle Jean à faire de l’OIF une “Force d’actions, de propositions et de rassemblement face aux urgences du monde“ fait chorus avec l’idéal de la transition démocratique en Tunisie qui rappelle que seule la liberté peut éclairer le monde.


