La régulation a rendu les marchés “plus robustes”, mais “le travail n’est pas terminé”, selon le président de l’AMF

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é française des marchés financiers, à Paris le 10 juin 2015 (Photo : ERIC PIERMONT)

[16/06/2015 05:53:02] Paris (AFP) La régulation a rendu les marchés “plus robustes” depuis la crise de 2008, mais “le travail n’est pas terminé” et de nouveaux risques, comme les cyberattaques, émergent, explique à l’AFP Gérard Rameix, président de l’Autorité française des marchés financiers (AMF).

Question: Quelles ont été les principales avancées depuis la crise de 2008 ?

Réponse: Un effort extrêmement important a été fait pour rendre le système financier plus robuste.

Les banques européennes ont ainsi augmenté significativement leurs fonds propres et sont plus solides.

En ce qui concerne les marchés financiers, toute une série de directives ont été adoptées en Europe pour aller vers davantage de sécurité, notamment sur les produits dérivés (produits complexes, ndlr).

Q: Quels défis persistent ?

R: Je vois deux limites. La première, c’est que le travail de réforme n’est pas terminé techniquement. Les choses sont très complexes. Par exemple, sur le chantier majeur qui cherche à sécuriser les transactions sur les produits dérivés, nous sommes loin d’être au bout du chemin.

La deuxième raison c’est que parallèlement au travail des régulateurs au niveau des banques, les banques centrales ont émis des liquidités dans des proportions absolument considérables, ce qui génère des risques en cas de remontée brutale des taux d?intérêt.

Apparaissent par ailleurs de nouveaux phénomènes, comme le cyber-risque avec la possibilité d?attaques d?infrastructures de marché. C?est un risque que les acteurs et les régulateurs doivent s?efforcer de traiter.

Enfin, les amendes record aux États-Unis, pour des affaires en général sans lien direct avec la sphère du régulateur des marchés financiers (marché des changes, Libor, évasion fiscale, etc.), montrent qu’il continue à y avoir d’énormes tentations dans la vie des places financières. De plus, les délits d?initiés n?ont pas disparu et les manipulations de cours peuvent être favorisées par le développement de nouvelles technologies. Il nous faut continuer de travailler !

Q: Que pensez-vous de l’essor des marchés de l’ombre (dark pools)?

R: En Europe, les dark pools se sont développés en raison de la réforme dite MIF, qui a introduit la compétition en autorisant de nouveaux acteurs à organiser la confrontation de l?offre et de la demande de titres aux côtés des bourses traditionnelles.

J’ai toujours pensé que nous étions allés un peu loin en introduisant une concurrence très forte qui a peut-être certains avantages en termes de réduction des coûts mais qui nuit à l’image du marché et au processus de formation du prix.

Les positions françaises dans les négociations européennes ont permis de marquer un certain nombre de points dans la deuxième version de cette réforme, la MIF 2. Il y a ainsi des barrières qui limiteront la part des transactions pouvant passer par des dark pools.

Q: Quels problèmes pose le trading à haute fréquence ?

R: Les promoteurs de ces techniques avancent que cela apporte de la liquidité et que cela permet de réduire les écarts de cours entre les différents lieux d?exécution des ordres.

Ce n?est pas entièrement faux, mais l?apport de liquidité est incertain et fugace avec l?annulation avant leur exécution de nombreux ordres. De plus, il y a des risques techniques importants, notamment quand des algorithmes mal programmés font perdre des sommes très élevées en quelques minutes.

Et puis certaines opérations de trading à haute fréquence peuvent s’assimiler à de la manipulation de cours. Et c?est là que nous intervenons : deux dossiers de ce type devraient passer à l?automne devant la commission des sanctions de l?AMF. L’autre inconvénient est que cela donne à l’investisseur traditionnel une image défavorable d?un marché réservé à des spécialistes.

Au total, sans pouvoir interdire cette technique dans des marchés globalisés, il faut la ramener dans des proportions plus raisonnables et dans MIF 2, un certain nombre de précautions sont prises. En France, les traders haute fréquence doivent obligatoirement déclarer à l?AMF les algorithmes utilisés. Cela peut faciliter nos investigations même si cela reste techniquement compliqué.

Q: Y-a-t-il un marché à deux vitesses ?

R: C’est un marché à plusieurs vitesses mais cela a toujours été le cas, et ce n’est pas mauvais que les acteurs aient des comportements et des horizons différents. Néanmoins, il faut que cela soit équilibré et que les règles qui permettent le bon fonctionnement des marchés soient respectées.